ADIEU AU PARC
A m ; Delà Bonne Vieille.
Déjà la feuille a jauni sur sa tige , Déjà Zéphir a quitté nos climats , A ce départ , mon cœur ému s'afflige , Je vois venir la neige et les frimats. Quoi ! l'amour même et les plaisirs volages Ont disparu de ces lieux enchanteurs !
Adieu , beau Parc ! adieu , tes frais ombrages Et tes gazons, jusqu'au retour des fleurs.
Oui , c'est bien là que l'ouvrier-poète ' , Fier de marcher plus grand que ses égaux , Rendait le calme à son âme inquiète , En crayonnant quelques riants tableaux.
Combien ici de brillantes images L'auront bercé dans ses rêves trompeurs ! Adieu , beau Parc ! adieu ,• tes frais ombrages Et tes gazons , jusqu'au retour des fleurs.
Quand de Nevers , les ducs , maîtres superbes , Venaient ici , suivis de leurs vassaux , Avec dédain leurs pieds foulaient tes herbes , L'herbe aujourd'hui pousse sur leurs tombeaux. Dans le passé j'entrevois leurs images, Leur fol orgueil et leurs vaines grandeurs. Adieu , beau Parc ! adieu , tes frais ombrages Et tes gazons, jusqu'au retour des fleurs.
Sur ce vieux banc , mon âme a, pour la France , Souvent rêvé des destins plus brillants ,
I Adam Rillant
Combien de fois j'invoquai l'espéfànce, Pour des proscrits victimes des tyrans ! De ces proscrits meurtris par tant d'orages ' , Liberté sainte, essuie un jour les pleurs. Adieu, beau Parc! adieu, tes frais ombrages Et tes gazons , jusqu'au retour des fleurs.
Adieu ; déjà le froid saisit ma veine , Sous les autans l'arbre s'est dépouillé , Je ne sens plus des fleurs la douce haleine , La feuille au loin jonche le sol mouillé ; Les passereaux ont cessé leurs ramages , Ils sont partis pour des abris meilleurs. Adieu , beau Parc ! adieu , tes frais ombrages Et tes gazons, jusqu'au retour des fleurs.
i Les proscrits polonais.
Octobre 1833.
A M. DULEYRIS.
Gai chansonnier , laisse là la fleurette ; Anime- toi de plus nobles transports ; Quand Déranger ne chante pas Lisette , Son luth s'élève aux subhmes accords.
La France alors, à ses yeux belle et grande j La liberté surtout a son encens.
A la patrie apporte ton offrande , La liberté doit animer tes chants.
La liberté n'est pas cette furie
Qu'on voit courir les bras nus et sanglants.
Fille du ciel et des peuples chérie ,
Elle ne fait pâlir que les méchants.
Elle grandit : c'est que sa cause est sainte ; Elle grandit en dépit des tyrans.
Heureux qui sent sa maternelle étreinte ! La liberté doit animer nos chants.
Jamais , hélas ! la France méprisée N'eut plus besoin de ses nobles soldats ; De l'étranger serions-nous la risée , Nous qui l'avons vaincu dans cent combats ? Que tout poète aux accords de sa lyre, Au Nord surtout , guide nos combattants ; Le but est grand et la patrie inspire : La liberté doit animer nos chants.
La mission du barde sur la terre N'est de chanter ni les grands ni les rois ; Dieu l'a marqué d'un plus saint caractère, Au peuple seul il consacre sa voix.
Mais quand la Muse à faillir est sujette, Et qu'aux faux dieux elle jette l'encens ,
166 LIVRE m.
Évoquons tous l'ombre de Lafayette.
La liberté doit animer nos chants.
Collé , Panard , chantaient à la guinguette , Comme on chantait sous les rois absolus. Mais à sa lyre , aujourd'hui tout poète Doit ajouter une corde de plus.
Sous ces bons rois qu'on fêtait à la ronde, Le gai chanteur amusait les passants ; Pour l'avenir dont le flanc couve un monde, La liberté doit animer nos chants.
Comme l'oiseau qui chante dans l'orage , Marchons au but sans reproche et sans peur. Entendez-vous cet écho de notre âge ?
Dieu ! hberté ! gloire ! patrie ! honneur ! Devise sainte, et qu'adopte la France Pour l'avenir de ses nobles enfants.
Ouvrons nos cœurs à la douce espérance ! La liberté va sourire à nos chants.