LES CHANSONS DE BÉRANGER
Nous différons presque tous de système , En politique , en tableaux , en amours ;
Chacun son goût La volupté suprême,
C'est d'être libre ; ah ! soyons-le toujours !
Un érudit va sécher sur un livre ,
De l'agio Mondor prend des leçons ;
Moi, chaque jour, pour apprendre à bien vivre.
De Déranger je relis les chansons.
Mon Déranger, Messieurs , c'est mon histoire ,
Mon catéchisme et ma bible à la fois.
Qui mieux que lui , nous fait aimer la gloire?
Qui mieux que lui sait chanter nos exploits ? Après nos preux, c'est l'amour qui l'inspire; D'un luth sévère , il adoucit les sons. Moi , chaque jour, pour apprendre à bien dire, De Béranger je relis les chansons.
Toujours sur lui Courier avait Homère ; Il aimait fort les héros et les dieux. Moi , j'aime mieux la leste vivandière , Qui fait l'aumône aux soldats malheureux. Dans le rogôme offert à leur misère , Ils oubliaient d'infâmes trahisons.
Ah ! mes amis , pour apprendre à bien faire , De Béranger relisons les chansons.
Accourez tous , Boger Bon-Temps, Lisette, Ange aux yeux bleus et Sceurs de charité, Joyeux refrains que partout on répète , Hors dans les cours d'où s'en va la gaité. Embellissez la retraite que j'aime; Le temps s'enfuit, sans retour nous passons !
Pour arriver gaiment au jour suprême , De Déranger je relis les chansons.
Laissons la haine ici-bas le maudire, Et lui lancer des traits injurieux ; Haine impuissante , et qui fera sourire Le barde aimé de la France et des cieux. De fleurs, amis, tressons-lui la couronne Qu'aux nobles cœurs toujours nous décernons. L'homme maudit, mais le bon Dieu pardonne. De Déranger relisons les chansons.
Quand tant d'auteurs qui brillent dans le monde.
Astres qu'au ciel nous voyons resplendir.
Seront tombés dans une nuit profonde.
Du chansonnier je vois l'astre grandir.
Oui , Déranger, du terrible naufrage
Qui détruira leurs œuvres et leurs noms.
Tu sauveras ton modeste bagage ,
Et, d'âge en âge, on dira tes chansons.