LA JEUNE ORGANISTE
Voyez-la , chaste dans sa mise , La jeune fille aux longs cils noirs , Qui touche l'orgue de l'église , Aux doux parfums des encensoirs.
Ses doigts font scintiller les gammes , Et sa voix fait rêver les âmes , Gonrnie l'écho des vieux manoirs.
Quand sous sa main l'orgue résonne , Son âme a passé dans ses chants , Et le temple gémit ou tonne ,
A l'unisson de ses accents.
Par Dieu même , vierge inspirée ,
Elle jette à la nef sacrée ,
Les hymnes comme un flot d'encens.
Elle est toute belle et modeste ; C'est une simple fleur des bois , Un bijou de l'écrin céleste , Que Dieu laisse échapper parfois.
Est-elle déesse ou sylphide ?
Je ne sais ; mais son œil limpide Est fier et doux comme sa voix.
Bel ange à la forme indécise , Sa présence charme les yeux ; Ses vêtements ont de la brise Les frôlements mystérieux.
Les flots noirs de sa chevelure Ombragent sa douce figure De leurs reflets capricieux.
156 LIVRE m.
Artiste , que Dieu prédestine , ]
Sois notre orgueil et nos amours ;
Remplis ta mission divine : 1
Aime , prie et chante toujours.
De la terre et du ciel aimée ,
N'es-tu pas la fleur parfumée
Qu'on respire aux soirs des beaux jours?
27 mai 1857.