‹ Poésies de François RougetChapitre 4 sur 82 · APOLOGIE · texte numérisé non relu

APOLOGIE

Ou pour poétiser mille sujets divers , Il nous faudra d'abord , à la foule ignorante , Exhiber des blasons ou des coupons de rente ! Cette langue des vers , elle a cela de bon , Que si Dieu vous agrée , il vous en fait un don ; Que prince et roturier, si l'âme en est saisie , Sont frères , sont égaux devant la poésie. Et la postérité nous montre au même rang Les vers de Robert Burns et les vers d'Ossian. Lamartine ou Magu , rossignol ou fauvette , Sur la lyre d'ivoire ou la simple musette , Le poète célèbre ou les champs ou les dieux. Enthousiaste , épris de l'art mélodieux , A tout méchant Zoïle il ferme les oreilles , Et des cieux étoiles contemple les merveilles. Il évoque les faits , les hommes , les pays , Et les siècles passés sous l'herbe ensevelis ; Il ressuscite Thèbe , ou Memphis , ou Corinthe , Porte ses pas émus jusqu'en la cité sainte ; Des chevaliers du Tasse inonde les remparts , Fait hennir les coursiers , flotter les étendards ; Tient près du saint tombeau l'héroïque promesse , Et fait monter au ciel les hymnes d'allégresse. Ou parfois , sur les pas de Perse et Juvénal , Il traîne les abus devant son tribunal ; Dos Sextus de son tomps il rlénnncc les crimes ,

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Et sans peur dos tyrans console les victimes !

Il jette au pilori les Verres , la Phryiié ,

Et de son vers brûlant marque un front couronné.

Ou bien , émule encore du tendre Théophile ,

Il s'écrie, à l'aspect d'un rivage fertile :

0 campagne ! ô nature 1 ô prés ! ô champs ! ô fleurs !

Horizons émaillés de vos mille couleurs,

Fleuves qui sillonnez vos odorantes rives ,

Vallons , coteaux boisés , riantes perspectives ,

Forêts , arbres touffus , mystérieux séjours

Où les oiseaux chanteurs abritent leurs amours ;

Les rochers et les mers , le ciel , les monts , la plaine ,

Poètes , l'univers est tout votre domaine ,

Sur les immensités votre muse est debout ;

Votre labeur est grand , car vous embrassez tout :

Mystère , art , idéal , ardente fantaisie ,

Votre lèvre s'abreuve à des flots d'ambroisie ;

Le ciel vous a dotés de vos accords divins

Qui triomphent du temps , de ces chants surhumains ,

Qu'un siècle au siècle apporte , et qu'en trace profonde

Vous avez imprimé sur la face du monde ;

Mines de diamants , rivières à flots d'or,

An fleuve Humanité déversant leur trésor.

7 juin 1H.)7.

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