‹ Poésies de François RougetChapitre 46 sur 82 · A M'' HONORINE D · texte numérisé non relu

A M'' HONORINE D

Laisse-moi te parler, ô belle jeune fille I Laisse-moi contempler tes yeux où l'amour brille, Et ta bouche mignonne où sourit le plaisir ; Laisse-moi lire , enfant , dans le fond de ton âme, Si , naissante et craintive , une pudique flamme S'élève, et malgré toi, peut-être, va grandir

Si d'un vague désir Ion âme est inquiète ,

Cache bien , dans ton cœur, cette flamme secrète ;

N'en laisse rien paraître , ange aux contours si beaux

Car l'homme est vil parfois , et plus vil qu'on ne pense;

Il te déchirerait ta robe d'innocence ,

Puis il irait partout en montrer les lambeaux!

Le repentir succède au plaisir qui s'envole ; D'une vierge au front pur conserve l'auréole ; Beau lis que Dieu forma, garde bien ta blancheur. Car trop de fiel se mêle aux douceurs que l'on goûte , Et sachez qu'une erreur, femmes, toujours vous coûte Le plus précieux don que vous fit le Seigneur :

La pureté du cœur qui craint tous les mélanges, Ce charme indéfini qui fait de vous des anges, Ce nard qui rend vos corps brillants et parfumés ! Que ton premier amour au chaste hymen se donne , Les boutons frais éclos de ta blanche couronne Ne doivent s'entr'ouvrir que sous des doigts aimés.

Et jamais le remords en ton cœur n'aura place. Le remords sur vos traits laisse une horrible trace ; En vain vous le cachez sous un souris moqueur ; Le jour il vous étreint, et la nuit, dans un rêve, Fantôme inexorable , il est là ! ... . Point de trêve ! Et vous vous réveillez livides de terreur !

Mais , d'un époux chéri , la compagne adorée , Paisible , heureuse et fiêre et partout honorée , Marche dans sa vertu d'un pas tranquille et sûr ; A son âme bien née aucun devoir n'est rude : Son époux , ses enfants font sa suprême étude , Et Dieu bénit toujours cette femme au cœur pur.

Mars 1842.

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