SOUVENIR
Lislette ', frais vallon , qu'adopta mon enfance, Où sont tes prés, tes fleurs, tes ruisseaux murmurants. Et le banc de gazon , où la douce espérance Flattait mes rêves décevants ?
Déjà le temps qui vole a laissé vingt années , Depuis qu'avec tes bords j'allais m'entretenir ; Ma couronne d'espoir a bien des fleurs fanées , Mais au fond de mon cœur fleurit ton souvenir.
1 Petite île entourée d'arbres, de jardins potagers et de ruisseaux, qu était ma promenade habituelle.
Que j'aimais à rêver sur tes charmantes rives ! Là, tout charmait mes sens; les oiseaux, leurs concerts, Le murmure enivrant de tes eaux fugitives M'apprenaient la cadence et le rhythme d'un vers.
Car jamais , pauvre enfant ! jamais un docte maître. De son art précieux ne m'apprit les secrets ; Mais dans mon ignorance , avide de connaître , J'interrogeais les eaux, les buissons, les forêts ;
Tout ce qui m' arrivait. Un doux accent de femme. Une note, un soupir, une ombre, un léger bruit Faisait battre mon cœur, extasiait mon âme, Et , joyeux , j'emportais des rêves pour ma nuit.
Une arme étincelle , Un coup est parti , Un oiseau chancelle Et tombe meurtri.
Je regarde, effrayé, mais rien dans la nature N'a changé de figure ; Le ciel est gris, le vent est froid, La feuille en tombant tourbillonne, Et le ruisseau suit monotone Son lit étroit.
Et pourtant un oiseau vient de perdre la vie ! Du tout universel il avait sa partie ,
Il tombe et rien n'en est troublé.
Eh! qu'importe qu'un être ait terminé sa course? Qu'importe à l'Océan qu'on tarisse une source ,
Ou qu'un abîme soit comblé ?
Qu'importe que les jours d'un savant, d'un monarque , Avant l'hiver des ans soient tranchés par la Parque ?
Atomes dans les infinis , Subissant , comme tout , la loi de la nature , La grâce , la beauté , le savoir, la droiture ,
ISont tour à tour ensevelis.
Quand , après les grandes batailles ,
ri
On fait d'immenses funérailles , Ou qu'une révolution ■ Défait ou refait un empire;
I Quand un peuple tombant expire
Dans une convulsion.
Rien n'est changé des lois universelles ,
Et nos débats et nos querelles N'ont rien arrêté dans les cieux.
Sur nos vertus et sur nos crimes , Sur les persécuteurs , comme sur les victimes , Le soleil , chaque jour, se lève radieux I