‹ Poésies de François RougetChapitre 47 sur 82 · SOUVENIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR

Lislette ', frais vallon , qu'adopta mon enfance, Où sont tes prés, tes fleurs, tes ruisseaux murmurants. Et le banc de gazon , où la douce espérance Flattait mes rêves décevants ?

Déjà le temps qui vole a laissé vingt années , Depuis qu'avec tes bords j'allais m'entretenir ; Ma couronne d'espoir a bien des fleurs fanées , Mais au fond de mon cœur fleurit ton souvenir.

1 Petite île entourée d'arbres, de jardins potagers et de ruisseaux, qu était ma promenade habituelle.

Que j'aimais à rêver sur tes charmantes rives ! Là, tout charmait mes sens; les oiseaux, leurs concerts, Le murmure enivrant de tes eaux fugitives M'apprenaient la cadence et le rhythme d'un vers.

Car jamais , pauvre enfant ! jamais un docte maître. De son art précieux ne m'apprit les secrets ; Mais dans mon ignorance , avide de connaître , J'interrogeais les eaux, les buissons, les forêts ;

Tout ce qui m' arrivait. Un doux accent de femme. Une note, un soupir, une ombre, un léger bruit Faisait battre mon cœur, extasiait mon âme, Et , joyeux , j'emportais des rêves pour ma nuit.

Une arme étincelle , Un coup est parti , Un oiseau chancelle Et tombe meurtri.

Je regarde, effrayé, mais rien dans la nature N'a changé de figure ; Le ciel est gris, le vent est froid, La feuille en tombant tourbillonne, Et le ruisseau suit monotone Son lit étroit.

Et pourtant un oiseau vient de perdre la vie ! Du tout universel il avait sa partie ,

Il tombe et rien n'en est troublé.

Eh! qu'importe qu'un être ait terminé sa course? Qu'importe à l'Océan qu'on tarisse une source ,

Ou qu'un abîme soit comblé ?

Qu'importe que les jours d'un savant, d'un monarque , Avant l'hiver des ans soient tranchés par la Parque ?

Atomes dans les infinis , Subissant , comme tout , la loi de la nature , La grâce , la beauté , le savoir, la droiture ,

ISont tour à tour ensevelis.

Quand , après les grandes batailles ,

ri

On fait d'immenses funérailles , Ou qu'une révolution ■ Défait ou refait un empire;

I Quand un peuple tombant expire

Dans une convulsion.

Rien n'est changé des lois universelles ,

Et nos débats et nos querelles N'ont rien arrêté dans les cieux.

Sur nos vertus et sur nos crimes , Sur les persécuteurs , comme sur les victimes , Le soleil , chaque jour, se lève radieux I

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