A RONSARD
Ami Ronsard , avec ta mignonnette , Comme jadis aux beaux jours du printemps, Viens folâtrer sur les bords de Lislette, Aux petits bruits des ruisseaux murmurants.
Ton frais sonnet , ta gentille odelette , Semblent éclos parmi les fleurs des champs, Et de la rose et de la violette Ont conservé les parfums enivrants.
Apollon seul, à ton naïf langage, A pu donner les grâces de notre âge ; Vendôme encore est fière de ton nom.
Si tu n'as pas la palme de Pindare,
Le grand faucheur, de toute gloire avare.
T'a couronné des fleurs d'Anacréon.
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0 tidèles amis! ô mes livres chéris!
Combien , dans les douleurs d'une âpre maladie,
Vous avez de ma couche éloigné les ennuis !
Pour vous, quoique souffrant, j'aimais encor la vie.
De notre ardent amour vous connaissez le prix , Beaux-arts, douce lecture , aimable poésie ; Vous n'abandonnez point vos plus chers favoris, Leur triste solitude est toujours embellie.
Oui , c'est vous qui charmiez Ovide en ses revers , Qui consoliez le Tasse au milieu de ses fers , Et qui de leurs tyrans proclamiez l'infamie ;
Avec vous , Déranger, dans d'indignes cachots , Rit de ses détracteurs , retrouve son génie , Fait résonner sa lyre et chante nos héros.
Paris, 18-^9.