SUR DE MUSSET
Enfant capricieux et de bonheur avide , Au plaisir, à l'amour ouvrant tes ailes d'or, Tu trempas ton manteau dans l'oifde aganippide , Et dans ses flots d'azur tu cherchas ton trésor.
Poète gracieux à la forme splendide , Mais sceptique et railleur de tout sublime essor, Si de convictions toujours ton âme est vide, Ta coupe est de vermeil et j'y veux boire encor.
POÉSIES DIVERSES. 2t\5
Oui , je veux m' enivrer à tes flots d'ambroisie.
Si dans nos jours mauvais, la sainte poésie
Chez les vendeurs du temple est en butte aux dédains ,
Ta gloire ne craint rien de leurs haines jalouses ; Sous le balcon doré des fières Andalouses , Ta lyre ionienne a des accords divins.
Au soleil du printemps, étendu sur la mousse , Un homme épanoui , le regard vers le ciel , Rêvait. Ses doigts distraits palpaient l'herbe qui pousse , Et sa bouche aspirait les parfums et le miel.
A la placidité de sa figure douce,
On eût dit l'idéal rêvé par Raphaël ;
Son âme reposait limpide , sans secousse ,
Sans soucis du présent, sans regrets et sans fiel.
Qui donc à ce degré peut-être heureux'? disais-je. Quelque grand favori que la fortune assiège, Dont tous les jours bénis par l'amour sont bercés.
Peut-être un roi... J'approche, et, de plaisir avare, Je contemple long-temps ce prédestiné rare. Cet homme heureux... avait des bas percés!
SONNET
Toute morale est bonne et doit avoir son prix. Quand sous l'œil de Minerve, en face d'Eucharis, Télémaque raconte aux nymphes étonnées Ses malheurs, ses exploits , ses courses obstinées ;
Quand colorant les traits de ses chastes récits , Il outrage en passant et l'Amour et Cypris , Demandant au destin , pour grâces fortunées , D'unir un demi-siècle à ses jeunes années ,
Je ne sais pas conmient ces nymphes demi-nues Trouvèrent le jeune homme aux grâces ingénues, Et comment l'accueillit l'ardente Calypso;
Mais j'ai bien peur qu'aux yeux du charmant auditoire , Malgré ses longs récits de sagesse et de gloire , L'élève de Mentor n'ait passé pour un sot !