STANCES
Je viens de lire, ami, Ion gracieux poème. Non, non, jamais Técho des vallons de Tibnr, Répondant à la voix du poète qu'il aime, N'a répété de chant si |)ur.
Toiil un juui' j"ai vécu de ton œuvre magique; Abandonnant mon âme au charme de tes vers, Toul un jdur j'ai rêvé, ralme, mélancolique, Au J'iuit dp [p'i charmanls concerts.
l'OÉSlKS DIVERSES. '255
Oli! que cla,ns tus tableaux la nature est sublime! De ta sainte forêt , peintre mélodieux , As-tu, dans les accès du transport qui t'anime, Dérobé tes couleurs aux cieux?
Ton sort ne te plaît pas et ta plume l'accuse. 0 poète! ô rêveur! exempt d'ambition, Libre dans ta boutique, ami , garde ta muse, Vierge de l'adulation.
Ne va point sur les grands porter un œil d'envie Favori d'Apollon , protégé des neuf sœurs , Sans désir importun , laisse couler ta vie
Comme un ruisseau parmi des fleurs.
Rempli du feu sacré qui toujours te consume. N'imite pourtant pas ton maître Adam Billaut, Qui reprit, déjà vieux, abreuvé d'amertume, El la varlope et le rabol.
Que vous faut-il, à vous, harmonieux poètes? Des ombrages, des fleurs, le murmure des eaux. Et, pour produire au loin les chansons que vous faites, La voix fidèle des échos.
Ami , garde l'état qui t'a toujours fait vivre ; Mais fidèle en ton âme au culte des neuf sœurs , Tu pourras, dans le monde, abandonner un livre A la critique des censeurs.
Quand ta Muse t'appelle, alors saisis ta lyre ; Mais de l'art d'Apollon ne fais point un métier. Et si tu dois pour vivre être obligé d'écrire, Bien mieux vaut rester menuisier.