A MON AMI B
Il est vrai , mon ami , déjà nous sommes vieux ; Déjà nos fronts ridés , dégarnis de cheveux , Nous disent assez haut, qu'au midi de la vie, Quand toute illusion , hélas ! nous est ravie , p]n allant vers la tombe on doit penser aux cieux.
Ce n'est point une erreur , oui , nous sommes changés. Et huit lustres déjà de quatre ans surchargés, Nous ont ravi les jeux de notre adolescence, Et nos tendres amours aussi purs que l'enfance , Et ces trésors d'espoir dont jious étions chargés!
Quoi! lie rêver déjà qu'un sinistre avenir! \ force de stupeur n'avoir plus un désir! Il semble que pour nous l'inscription du Dante, Qui glace au noir CoCyte une ombre d'épouvante , Soit le seul aliment de notre souvenir.
Si Descartes m'entraîne aux méditations, Mon âme suit son vol aux vastes régions, D'où plane son esprit comme un aigle intrépide. Mais si haut que l'on soit , une chute rapide Nous ramène au séjour des lamentations !
Problème de la mort, dont l'homme est attristé , Nul ne peut te résoudre ! Et toujours balotté , De la vie au néant, de l'àme à la matière, L'homme arrive à la tombe , et jamais sa poussière Ne nous a dit un mot de son éternité.