SUR MICHEL DE BOURGES
Quand un vaillant coursier, par un destin moqueur, Est tombé d'un héros aux mains d'un laboureur, Répondant chaque jour au travail qui l'appelle, Il suit indifférent sa carrière nouvelle. Penché sur le sillon qu'il a tracé du pié, Les armes et la gloire, il a tout oublié. Mais s'il entend dans la plaine
Retentir le bruit du clairon ,
Il hennit, sa bruyante haleine, Du cuivre belliqueux semble aspirer le son! Il agile sa crinière ,
Se souvient du cavalier, Retrouvant son instinct guerrier Son pied nerveux frappe la terre!
Ainsi dans une atmosphère De monarchiques vapeurs , De miasmes corrupteurs , Où tout s'alanguissait , vertu , patriotisme , Où, dans l'indifférence, un coupable égoïsme Semblait menacer l'avenir, Michel avait pu s'endormir.
Mais arrive un bruit sympathique :
Il écoute.... il entend.... Vive la république, L'ordre et la liberté!.... L'instinct démocratique Vivait au cœur que rien n'avait souillé , Et le tribun s'est réveillé !
Hâtons- nous de jouir de l'ombrage et des fleurs, Des fleurs surtout. Demain, penchées, EUes n'auront plus leurs fraîcheurs :
Et de l'arbre , demain , les feuilles desséchées Vont tomber. Inflexible temps , Épargne donc ces filles du printemps , Que sitôt l'été nous enlève !
Épargne aussi leurs blanches sœurs , Les chastes filles d'Eve , Qui se fanent comme les fleurs.
Oh! d'ici-bas, choses trop passagères!
Fleurs et beauté , Dieu vous fit éphémères , Et jusqu'au bout votre sort est commun. A vos matins le plaisir nous convie ; Cueillons à temps , car, au soir de la vie , Toutes les fleurs sont sans parfum.
Marzy, 5 juillet 1856.