‹ Poésies de François RougetChapitre 68 sur 82 · ADIEU, BEAUX JOURS · texte numérisé non relu

ADIEU, BEAUX JOURS

Que vous passez vile , ô beaux jours ! Quoi ! déjà l'automne au front pâle Prend son diadème d'opale , Revêt son manteau de velours.

Plus dans les airs , ni dans l'espace , De cris joyeux, de chants d'oiseaux; Le vent dépouille les rameaux Où tant d'amour avait sa place !

Déjà le soleil a pâli :

La nuit plus vite étend ses voiles , Plus tôt scintillent les étoiles Dans l'azur du ciel affaibli.

Adieu , la pâle marguerite

Qui jouait sur l'émail des champs ;

Petite fille du printemps ,

Oh! pourquoi t'en vas-tu si vite?

Adieu , les petits chemins verts , Où l'âme heureuse se recueille , Où tout en rêvant l'on effeuille Des fleurs d'aubépine et des vers.

Adieu , des fleurs la douce haleine , Adieu , les sites de Watteau , Le frais vallon , le blond coteau Dont l'ombre descend dans la plaine.

Les doux jeux , les brûlants soupirs Que roucoulent les tourterelles , En agitant leurs blanches ailes, S'envolent avec les zéphirs.

Les bruns moissonneurs, les faneuses, Qui peuplent les champs et les prés ,

292 LIVKE IV.

Laissent sur les coteaux dorés La place aux blondes vendangeuses.

Les ruisseaux aux flots contenus Coulent tristes sous les charmilles ; Ils ne voient plus les jeunes filles Dont ils caressaient les pieds nus.

Les brebis, les douces génisses, Ne paissent plus sur le coteau , Formant le gracieux tableau Dont Berghem faisait ses délices!

Tout est parti , parfums et fleurs ,

Verdure , suave harmonie ,

Éther pur, lumière infinie ,

Tous les chants , toutes les splendeurs !

Pour quitter les climats rebelles , Chercher les horizons vermeils , Et les feux de nouveaux soleils ,.

Oiseaux , que n'avons-nous vos ailes !

C'en est fait, le pâtre frileux Rentre courbé sur sa houlette ; J'aperçois son humble silhouette Dans la brume d'un soir pluvieux.

Et vous, rêveurs, et vous, poètes , Qui cherchez les sentiers touffus , Brisez vos luths, ne chantez plus.

Rentrez dans vos tristes retraites.

Pour retrouver vos doux accents , Comme la simple violette , Le rossignol et la fauvette , Attendez un nouveau printemps.

ô octobre 1856.

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