ADIEU, BEAUX JOURS
Que vous passez vile , ô beaux jours ! Quoi ! déjà l'automne au front pâle Prend son diadème d'opale , Revêt son manteau de velours.
Plus dans les airs , ni dans l'espace , De cris joyeux, de chants d'oiseaux; Le vent dépouille les rameaux Où tant d'amour avait sa place !
Déjà le soleil a pâli :
La nuit plus vite étend ses voiles , Plus tôt scintillent les étoiles Dans l'azur du ciel affaibli.
Adieu , la pâle marguerite
Qui jouait sur l'émail des champs ;
Petite fille du printemps ,
Oh! pourquoi t'en vas-tu si vite?
Adieu , les petits chemins verts , Où l'âme heureuse se recueille , Où tout en rêvant l'on effeuille Des fleurs d'aubépine et des vers.
Adieu , des fleurs la douce haleine , Adieu , les sites de Watteau , Le frais vallon , le blond coteau Dont l'ombre descend dans la plaine.
Les doux jeux , les brûlants soupirs Que roucoulent les tourterelles , En agitant leurs blanches ailes, S'envolent avec les zéphirs.
Les bruns moissonneurs, les faneuses, Qui peuplent les champs et les prés ,
292 LIVKE IV.
Laissent sur les coteaux dorés La place aux blondes vendangeuses.
Les ruisseaux aux flots contenus Coulent tristes sous les charmilles ; Ils ne voient plus les jeunes filles Dont ils caressaient les pieds nus.
Les brebis, les douces génisses, Ne paissent plus sur le coteau , Formant le gracieux tableau Dont Berghem faisait ses délices!
Tout est parti , parfums et fleurs ,
Verdure , suave harmonie ,
Éther pur, lumière infinie ,
Tous les chants , toutes les splendeurs !
Pour quitter les climats rebelles , Chercher les horizons vermeils , Et les feux de nouveaux soleils ,.
Oiseaux , que n'avons-nous vos ailes !
C'en est fait, le pâtre frileux Rentre courbé sur sa houlette ; J'aperçois son humble silhouette Dans la brume d'un soir pluvieux.
Et vous, rêveurs, et vous, poètes , Qui cherchez les sentiers touffus , Brisez vos luths, ne chantez plus.
Rentrez dans vos tristes retraites.
Pour retrouver vos doux accents , Comme la simple violette , Le rossignol et la fauvette , Attendez un nouveau printemps.
ô octobre 1856.