‹ Poésies de François RougetChapitre 69 sur 82 · A UNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE FILLE

Blanche colombe, ô douce créature!

Objet divin, chef-d'œuvre de beauté, Dieu répandit sur ta pâle figure Comme un reflet de sa divinité.

Apelle eût pris ta blonde chevelure , Ta bouche rose et tes perles d'ophir.

Ton sein naissant, d'une forme si pure, Et ta fossette où niche le désir.

0 douce enfant ! que ne vis-tu voilée , Sous l'œil de Dieu, belle, pure, étoilée. Comme une vierge au céleste avenir !

Mais on t'habille, on t'attife, on te pare,

Et l'on t'étale en un comptoir avare ,

Comme un bijou d'un chiffre étiqueté.

Des yeux impurs dévorent ta beauté.

De ces regards , la cynique impudence

A déjà fait rougir ton innocence.

Mais l'habitude et l'exemple , dans peu

Vont aguérir tes allures timides , Et l'œil ardent , la joue en feu ,

Tu répondras à des regards avides.

Et des fleurs du printemps ton front découronné

N'offrira plus , au cœur qui s'en afflige , Que l'aspect d'un bouton languissant sur sa tige , Que l'aquilon a profané.

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