A UNE JEUNE FILLE
Blanche colombe, ô douce créature!
Objet divin, chef-d'œuvre de beauté, Dieu répandit sur ta pâle figure Comme un reflet de sa divinité.
Apelle eût pris ta blonde chevelure , Ta bouche rose et tes perles d'ophir.
Ton sein naissant, d'une forme si pure, Et ta fossette où niche le désir.
0 douce enfant ! que ne vis-tu voilée , Sous l'œil de Dieu, belle, pure, étoilée. Comme une vierge au céleste avenir !
Mais on t'habille, on t'attife, on te pare,
Et l'on t'étale en un comptoir avare ,
Comme un bijou d'un chiffre étiqueté.
Des yeux impurs dévorent ta beauté.
De ces regards , la cynique impudence
A déjà fait rougir ton innocence.
Mais l'habitude et l'exemple , dans peu
Vont aguérir tes allures timides , Et l'œil ardent , la joue en feu ,
Tu répondras à des regards avides.
Et des fleurs du printemps ton front découronné
N'offrira plus , au cœur qui s'en afflige , Que l'aspect d'un bouton languissant sur sa tige , Que l'aquilon a profané.