‹ Poésies de François RougetChapitre 71 sur 82 · ADIEU AU RUISSEAU · texte numérisé non relu

ADIEU AU RUISSEAU

Adieu , l'amant de la prairie !

Adieu, simple et charmant ruisseau!

Adieu , tant douce rêverie !

Adieu , le charme de ma vie !

Adieu , ton murmure et ton eau !

Oh ! comme ta course est légère !

Comme en jouant tes petits flots Coulent sans que rien les altère, Comme tu plais à la bergère Qui soupire près de tes eaux !

Coule encor, coule sans cesse , Tu couleras plus d'un printemps ; Mais nous , hélas ! notre jeunesse

Coule et se perd dans la vieillesse , Et la vieillesse dans le temps !

Quand l'implacable aquilon gronde , Que tout subit son joug fatal, Que l'hiver a glacé ton onde Et changé ta source féconde En un épais et dur cristal ,

Alors , ton frais et doux murmure Ne s'entend plus dans le vallon ; Mais le printemps et la verdure , Chassant devant eux la froidure , Bientôt te rendent au gazon.

Mais l'homme , hélas ! sans retour, passe ! Son existence est d'un instant; A peine on aperçoit sa trace , Le plus léger souffle l'efface , Et son partage est le néant !

Veiuiôme, 1850,

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