ADIEU AU RUISSEAU
Adieu , l'amant de la prairie !
Adieu, simple et charmant ruisseau!
Adieu , tant douce rêverie !
Adieu , le charme de ma vie !
Adieu , ton murmure et ton eau !
Oh ! comme ta course est légère !
Comme en jouant tes petits flots Coulent sans que rien les altère, Comme tu plais à la bergère Qui soupire près de tes eaux !
Coule encor, coule sans cesse , Tu couleras plus d'un printemps ; Mais nous , hélas ! notre jeunesse
Coule et se perd dans la vieillesse , Et la vieillesse dans le temps !
Quand l'implacable aquilon gronde , Que tout subit son joug fatal, Que l'hiver a glacé ton onde Et changé ta source féconde En un épais et dur cristal ,
Alors , ton frais et doux murmure Ne s'entend plus dans le vallon ; Mais le printemps et la verdure , Chassant devant eux la froidure , Bientôt te rendent au gazon.
Mais l'homme , hélas ! sans retour, passe ! Son existence est d'un instant; A peine on aperçoit sa trace , Le plus léger souffle l'efface , Et son partage est le néant !
Veiuiôme, 1850,