ODE II
Dieu sonne-lire, archer, porte<arquois.
Donne vigueur à ma débile voix !
Et toy qui fus de Narcmt surprise, Rechante, au son de ma douce entreprise.
L'honneur du ciel, de Cillene et des Dieux, Poste disert^ subtil, ingénieux, Fay que mon chant me serve d'une flAme Pour attiédir la glace de madame.
Sus, Chevrepiez^ qu'on délaisse à danser Pour f^ire escorte à mon divin penser!
Nimphes des boiSy que chacune ores chante Cet ail, ce ris^ qui m'aveugle et m'enchante;
Et toj qui fais tapisser de tes fleurs Les verdi hosquetz remplit de mes douleurs.
Que ta verdure éparse en la campagne Me serve aussi defidelle compagne.
Je ne quiers point, pour accomplir mon heur^ Que Von me fasse un sumptueux honneur ^ Ni des maisons à l'antique fondées.
Ni un Colosse à septante coudées^ Et moins encor qi^un Mirte ou verd Laurier^ Des front! sçavantz le désiré loyer ^ Cffi qu'un Trophée enflé de la victoire D'un haut triumphe empanache ma gloire
Ni les faveurs des puissans Roys sacrez Ni tous les dons à Venus consacrez^ Ni les thresors que l'Orient ameine^ De l'enchanteur ni la science vaine ^ Pourroient la plaie immortelle guérir Qui doucement vivant me fait périr; Mais seulement ce doux trait qui me blesse Peut appaiser la douleur qui me presse.
Las! maintenant Amour me fait bien voir Combien il a sus mon cueur de pouvoir,
42 SONNETZ, ODES.
Bien qu* autres-fois faute texper'unce M'a fait blâmer de ce dieu la puissance; Helas! je crains qu^ ayant eu a mépris Son feUj par luy n'en sois ainsi surpris^ De luy qui fait par un cruel martire Sentir la foudre et fureur de son ire.
Picus jadis en oiseau converti.
Las! m'en devoit avoir bien averti; Daphné aussi me le montroit^ et mesme Celuy qui fut amoureux de soy-mesme.
Mais, soit qu'oiseau je devienne, arbre ou fleur. Au moins alors finira ma douleur, Prenant sus moy, pour juste recompense.
Amour cruel pitoyable vengeance.
Mais fasse Amour comme il voudra de moy :
Si de mon cueur n^osteraM la foy Que je te dois, estant dès ma naissance Prédestiné de vivre en ta puissance ; Et si la mort m'avance son malheur.
Cela n'est rien^ eu égard au bonheur Quejereçoy, voyant mon amour telle Que de soy-mesme eV se rend immortelle.