‹ Poésies de Jacques TahureauChapitre 9 sur 48 · ODE I · texte numérisé non relu

ODE I

\e un dedans mon courage ^ 'Mon courage languissant, Entrer la bouillante rage

D'un brandon feu-vomissant^

Vomissant en la main fiere

De Fenfant Vénérien^

Qui par l'œil de ma guerrière

Consomme mon tout en rien.

Tout éblouy de la flâme, De lafiâme et du tison Qui va cendroyant mon ame^ Je perdz toute ma raison^ Ma raison et ma parole^ Et, sans forces haletant,

38 SONNETZ, ODES

Tout éperdu, je m'affole^ Moy-mesme me tourmentant.

Impatient de moy-mesme, Moy-mesme je me combaz, Et d'une manie extresme J^ensanglante mes debas, Mes debas, desquelz le moindre C'est d'un feu continuel Me voir étouffer et poindre En travail perpétuel.

Tout cela que la Nature, La Nature et les beaux Cieux, Dedans leur ronde peinture Produisent de gracieux.

De gracieux et de brave, Me semble tout déplaisant, Et d'un soing amer et grave Le plaisir me va cuisant.

La Mer s' enflant toute ireuse, Toute ireuse regorgeant^ Et colérement hideuze Ses bordz de gros floz rongeant^

Rongeant F aboyante roche, Ne monstre tant de rancœur Que fait ce soin qui m'acroche Jusqu'au plus vif de mon cueur.

Et cela qui plus m'outrage, M'outrage en mon grand malheur, Cest qu'aucun par tesmoignage Ne va plaignant ma douleur.

Douleur fiere! ô fitre plainte !

Plus je redouble mon plaint^ Venflant de mainte complainte.

Tant moins alors je suis plaint.

De nuit tout présage horrible, Horrible autour de mon chef.

D'un croassement terrible Accompagne ce méchef, Ce méchef épouventable, Qui. me rend palle et défait.

Comme cil qui est coupable De la mort, par son forfait.

Helas! que ne peux^je taire, Taire et cacher à-part moy

40 SONNBTl» ODES

Ce qui ne fait que déplaire A chacun de mon émoy.

Mon émoy^ qui estincelle Maugré moy par IWnivers!

Hé! qui les f eux d'Amour celé, Plus il les rend découver s.

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