ODE IV
Lt jeune amant Abydois Nageant r étroit Helesponte, En vain renforçait sa voix Quand la Mer sourde le donte ; Cependant la belle Héron Court de Pœil tout Penviron, En vain se plaignant souvent Pour la torche coutumiere^ lyentre-euxfidelle lumière, Eteinte à force du vent,
Leandre dist, en passant, A la Mer d^une voix basse :
(( Las! pren moy en repassant, Etfay qu'à ce coup je passe! »
Mais non-obstant tous ses plaintz De regret amoureux plains, V avare flot de la Mer
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Desja la gorge luy sale^ Et dedans son corps avale Son breuvage trop amer.
Ja desja du poure amanty Quoy que son cueur il efforce^ S'étendent négligemment Les braz sans aucune force; Or entre les eaux coulant.
Or dessus contreroulant.
Et ores d'un teint de mort^ Erranty tournant au rivage, Ensemble avec le courage Il perd vie et tout effort.
Mais^ las ! il ne suffisoit A ceste tempeste ireuse^ Si son corps eV ne brisoit A quelque roche écumeuse.
Là s'éteignit la beauté^ Là finit la loyauté De l'amant audacieux^ Dont la pitié et la gloyre Feront voler la mémoire Jusques au plus hault des deux.
La bouche qui soupiroit Sus la lèvre emmiellée De sa Dame, se couvrait D'une amertume salée; Et les bras acoutumez Aux embrassemens aymez De ces deux amans tous nuz, Battaient quelque roche dure, Ou alloyent à Fadventure Aux rivages inconnuz.
Las! helas ! ce corps tant beau, Las! ce tant brave courage, Sent par faute d'un flambeau De la mer le dur orage!
Celuy qui si tendrement Se baignoit, et mollement De maint unguent adouci Arrousoit ses tresses blondes^ Maintenant dessus les ondes Vogue^ flotte^ sans mercy.
Celle qui sent les douleurs De quelque amour rigoreuse Peut bien congnoistre les pleurs
Que faisait la mal-heureuse Heroriy qui n'ha lors espoir Que d'un futur désespoir.
En vain attendant le jour Qui d'une pareille envie Luy ha faitfiner sa vie, Ses regret et son amour.
Celuy qui voudra sçavoir Le dur tourment de Leandre, Que tost il me vienne voir Et ma triste voix entendre ; Lors il verra la vigueur D'une cruelle rigueur Et la douleur que je sens.
Agité d'une tempeste Qui me brouille dans la teste, Faisant troubler tous mes sens.
Il me pourra voir flottant Contre les rocz et la rive, Et en vain me tourmentant Sans qu'à mon doux port j'arrive ; Il verra le flambeau mort.
Présage^ helas ! de ma mort,
Puis, helas! mon corps roulant Contre les flânez d'une roche.
Dont le flot ireux m'approche L'un sur l'autre redoublant.
Il verra mes jeunes ans *
S'estre passez en délices, Et à tous les jeux plaisans Des plus gaillards exercices; il verra l'embrassement Que j'ay eu si doucement De ma première amitié.
Pour me voir en telle peine Et proye à l'onde inhumaine, Se convertir à pitié.
La tempeste et de la mer Cet impétueux orage, C'est l'amer de mon aymer, Qui flotte et bat mon jeune âge.
Qui ne me permet aussi Surgir au port de merci; Et puis ce brandon eteinct, C'est la froideur de ma Dame, Dont la chaleur de mon ame
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Et ma vie aussi s* éteint.
Le roc dont je suis battu, Qui ainsi me froisse et blesse y Cest la trop chaste vertu Et rigueur de ma maîtresse , Qui contre moy sans cesser Mal sus mal fait amasser ; Et puis sesflotz tant ireux Sont les amoureuses peines Qui s* écoulent dans mes veines Et dans mon cœur langoureux.
Les délices, le plaisir.
Qui me faisoient heureux vivre, Venoient pour n'avoir désir De cet aveugle Amour suyvre ; L'embrasement coustumier De mon chaut amour premier Estoit Vétroite amitié . De ma liberté tant douce.
Que maintenant me repousse Une cruelle moitié.
Je voy cette liberté,
Helas! estre convertie En la dure cruauté De ma trop douce ennemie, las y helas î ce ne sont pas Les tendres et doux appas Dont je nourrissoy mon cueur, Lors que ma libre jeunesse Me rendoit de la tristesse Et de moy-mesme vainqueur.
Mais pourtant que ces malheurs Te facent, je ne désire ^ Compagne de mes douleurs ^ Ny.de mon cruel martire.
Je voudroy tant seulement Quey découvrant mon tourment Et la parfaite amytié Dont saintement je f admire, Que de mon cruel martire Tu prinses quelque pitié.
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