BAISER II
Baise moy tost migriardementj Baise moy cotombellement !
Tu ne veux donq que je te touche?
Çà^ redonne moy cette bouche.
Et, me baisant, souffre qu'un peu J'éteigne l'ardeur de mon feu.
Ha ! là ! friande, que mon âme Se perd doucement en ton bâme I Ne t'endors point de ce sommeil, Ne f endors point, mon petit œil.
Ne f endors point, ma colombelle,
ET MIGNARDISES. Il3
Ne t^endors point, ma tourterelle !
Ha ! Dieu! qu'il fait bon mordiller Ces belles roses et piller Un million de mignardises, Pendant que par douces feintises Ce bel œil nageant à d§my Contrefait si bien rendormy, Cependant que ma mignonnette Soutient de sa lèvre mollette , Pleine d'un nectar nompareil, Tant de moulz baisers au réveil.
Ha ! tu me chatouilles, mignarde , Tu me chatouilles, fretillar de!
Ha ! mauvaise^ oste cette main Qui me frétille dans le sein!
Et quoyi quoy! ma petite amie.
Tu faisais tantost l'endormie.^ Et quoyf il sembloit^ à te voir.
Qu'on ne te deust jamais revoir (Tant bien tu mignardois ta mine) Remuer dessoubz la courtine f Or çà donq; çà, je le veux bien; Racouplons nous au doux lien Auquel la Cyprine Déesse M'aprist dès la tendre jeunesse ;
Il6 SONKETZ, ODES
Au lien si doucement fort
Qu'il nCestreindra jusque à la mort y
Qui, maugré ma noire journée,
Après ma dernière halenée
Me fera place aux champs heureux.
Entre les plus gays amoureux.
Çà donq à Venvy, ma mignonne,
Çà, çày mignonne, qu'on me donne
Cent mille étroits embrassementz
En cent mil divers changement!;
Que je sente toute nuitée
Ta lèvre dans ma bouche antée
Et le vermeil de ces couraux
Me redoubler cent mille assaux.
Ne vois tu pas comme V Aurore^
Ceste envieuse^ recolore
Desjà d'un éclat jaunissant
L'avant'jour partout blondissante
Hélas! hélas! que peu me dure
Cette tant heureuse avanture !
combien m'est court le déduit
De cette tant mignarde nuit!
Puys donques que le jour nous presse,
A dieu y ma petite Maistresse,
A dieu, ma gorgette et mon sein.
A dieu, ma délicate mairiy
A dieu donqy mon îeton d'albâtre,
A dieu, ma culssette folâtre,
A dieuy mon œil^ à dieu, mon cueur, ^
A dieu^ ma friande douceur!
Mais avant que je me départe^
Avant que plus loin je m'écarte^
Que je taste encores ce flanc
Et le rond de ce marbre blanc.
Tu pleures, hé! ma douce folle.
Tends moy les bras que je t'accollc,
Et que pour ton dueil apaiser
Je te donne encore un baiser,
Que je suce encor, mignonnette,
De tes yeux une larmelette.