‹ Poésies de Jacques TahureauChapitre 28 sur 48 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Ce n'est plus toy, ma Sarte, qui te plaings Avecques moy, aux soupirs de ma peine.

Ne qui m'entendz pour ma fiere inhumaine Jecter en vain sanglotz et tristes plaintz,

fay délaissé les bois, les montz et plainz, Prez et rochers de ma terre du Meine, Pour émouvoir à pitié de la Seine Les flotz roulans, jà de mes larmes plains.

Desjà, desjà les Nymphes les plus belles De ces lieux cy sentent les étincelles, Qui par milliers bluéttent soubz ma voix.

ciel heureux! ô trop heureuse terre! Si du lien qui esclave m'enserre Me délacer quelquefois tu pouvoys!

l34 SONNETZ, ODES

Voyez combien Amour est inconstant, Voyez au moins combien il est volage, Voyez comment il tourne le courage De ceux qu'il va comme moy tourmentant.

Tantost^ helas ! (ce me sembloit) content^ Et presque hors de son trop long servage , Je m'asseuroy^ délivré de la rage Du vain espoir qui me va démentant.

Je pensoy bien^ en changeant de contrée^ Que cette amour dans mes veines ancrée Relâcher oit quelque peu sa rigueur;

Mais sans arrest, jà bien loin de la Seine, Aux bords du Clain triste je me pourmeine, Pins que jamais esprouvant sa fureur.

A JEAN DE PARDEILLAN,

PANJAS, SECOND.

que par trop j'estime et par trop mal^heureux Ccluy qui, sur la fleur de sa blonde jeunesse^

Ne goustCf mon Panjas^ la mignarde allégresse Dont nous paist cet Enfant doucement rigoureux !

Cet Enfant tendrelet, cet enfant amoureux.

Qui, m'apastant de Vail de ma belle maîtresse , Non £une femnu humaine, ainçois d*une Déesse^ Me faict boire un venin aigrement doucereux !

Ainsi tu es heureux, en la fleur de ton agCy De voir pour ta Colombe affoler ton courage, Et de vivre subgect soubz F amour ton vainqueur;

Et bien heureuse aussi la belle Colombelle^ De toy, mon cher Panjas, la Colombelle belle

D'avoir par tes beaux yeux si bien gaigné ton cueur,

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