A JEAN RENARD
SEIGNEUR DE LA MIN GtTETIERE.
Soit que tu sois en troupe degensdarmes Sus un cheval fièrement poudroyant ^ Soit qu'un canon horrible foudroyant Sifle sus toy en tonantes alarmes;
Soit qu'en faussant et le corps et les armes De Pennemy dessoubz tes coups ployant,
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EU çà et là pour ses playtt fuyant^ Humble il te fasse homage de sa larmes ;
En quelque part que ce Dieu furieux T'aille guidant y non jamais ocieux A soustenir sa vaillante querelle,
Tu as tousjours dans le cueur imprimé Cet œil tant doux et ce front tant aymé De ta mignarde et belle Damoiselle,
Ne voir ma Nymphe au matin proprement Trousser d^un neud sa cheveleure blonde ^ Qui sus son front reflotte comme une onde, Autour des yeux voletant doucement;
Ny voir Viciât de son acoustrement, Qui se pannade en une vague ronde, Ny les doux motz de sa langue faconde, Ny de son corps le chaste embrassement,
Ny de ses yeux la douceur tant cruelle, Ny le plaisir que fay de voir pour elle Un infini de pauvres langoureux^
Ne peuvent tant de moy ravir mon ame Qu'un simple mot de ma pudique Dame, Qui faict mourir tout lassif amoureux.
ET" MIGNARDISES. iSj
S/, te voyant toute en tout admirable, Tu es le plus de ma conception, Si, en voyant qu'autre perfection N'est point à toy que la tienne semblable;
Si, te voyant sus toutes amiable.
Tu m^entretiens en cette affection ; Si tu me fais ( ô douce passion I) Navrer le cueur d'une playe incurable ;
Si ce blanc Hz, si ce pourpre vermeil.
Te font aimer par les trait de ton œil; Si, ta constance admirant, je f adore;
Si ta beauté peut contenter mes yeux, Ce noble esprit me plaist encores mieux, Et le parfait qui ton ame décore.
Ce col marbrin plus que la neige blanc.
Ce large sein repoussant deux boulettes.
Ce beau pourpris de roses verdelettes, Ce maniment de l'un et l'autre flanc ;
Ce front hautain^ ce nez^ ce double ranc
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Tant bien uny de très-cher es perlettes, Ces crins épars en vagues ondelettes^ Ce chaut baiser qui me suce le sang.
Ce doux reffuz^ cette offre liberalky Ce vif flambeau qui le soleil égalle, Ce pourpre fin, cette blanche couleur,
Me font mourir^ vivre, pleurer et rire, Aymer, hayr, estre oisif et écrire, Sain en tourment, malade sans douleur.
Je ne crains pas qu'un autre mieux disant Fasse changer ma loyale maîtresse, Ou, s' efforçant de fléchir sa promesse.
Par larges dons, qu'un Roy m'y soit nuysant.
Je ne crains pas qu'on m'aille déprisanty Me faisant nul auprès de ma Déesse, Ou qu'en blasmant toute jeune liesse, De noz amours on aille médisant ;
Et si ne crains que la mordante peste D'un feu jaloux ma maistresse moleste.
Tant elle est sage, et tant el' m'ayme fort ; Tant seulement à quelque heure hayneuse
Je crains^ helas! la darde vénéneuse Du braz hideux de l'effroyable mort.
Ville de Tours, la plus heureuse ville Que ce grand œil aille point regardant, Ville qui tiens ravy tout regardant Par le regard de sa Nymphe gentille ;
Ville qui as des beautez mille et milley Que sus mon lue doucement accordant Je chanter ay en beaux vers, ce pendant Qu'amour heureux dans mes veines distille;
Ville qui fais les corps luisans aux deux Dessus ton Loyre estre tous envieux^ Par le parfaict de sa belle Nayade!
Contentez-vous y à Cieux, de vos espriz.
Sans estre en vain d'une autre amour surpris, Ou vous paissez, s'il vous plaist, d'une œillade.
Je pourrois bien, par une infinité
D'autres accords mieux touchez sus ma lire, En te louant heureusement décrire
De ton esprit la parfaite beauté;
Cest œil aussi qui tient ma liberté De l'amour franc en l'esclave martire, En admirant^ de ton plus que j'admire, Ceste mignarde etfoible cruauté;
Je pourrois bien de l'amoureuse peine Par mille vers faire preuve certaine, Parlant encor de mes jeunes chaleurs;
Mais il vaut mieux désormais que je taise Et tes beautez et ma cuisante braise^ Puys que mes vers rengregent mes douleurs.