‹ Poésies de Jacques TahureauChapitre 31 sur 48 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

[uand je te fay de mes vers un discours Dont le subgectrCest autre que d^ amours^ Tu es songneux de sçavoir qui m^ inspire De tant sonner sus l'amoureuse lire.

Ce n^est Phœbus qui par accordz divers Vient compasser le nombre de mes vers; Ce n'est aussi la voix de Calliope, L'heur de Parnasse, et l'honneur de sa Trope. C'est l'œil vainqueur qui tient le mien surpris. Le seul outil qui polist mes ecriz; Ce que je tiens de parfaict en mon ame^ Ce que je fay y tout provient de ma Dame, Soit qu'el' se pare au matin proprement De son manteau, folâtre acoustrement^

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Dont la couleur diversement changeante

Faict bigarrer sa chambrette luysante.

Je ne prens lors mon subgect qu'au manteau,

Dessoubz lequel niche maint Amoureau ;

Je n'ay alors autre plus douce cure

Qu'à mignotter sa douillette fourrure.

Si j'aperçoy ses blondz cheveux mignardt

Autour du front folâtrement eparz,

Je ne despeins que ses tresses dorées,

Qui vont flottant en vagues égarées.

Si je la voy toucher d'un doy roulant

De la guitayre un passage coulant,

Et sa main prompte et son doux chant j'admire y

Qui faict rougir honteusement la lyre.

Si je la voy d'un sommeil gracieux

A demi-morte entressiller les yeux,

Si je peux lors dans sa moyte bouchette

Succer l'odeur d'une aleine doucette,

Si je l'enten mouvoir, rire ou parler,

Si je la voy d'un glissant pied couler.

Dru, dru^ fuyant en ronde verdugade.

Si l'aguignant elle me contr' œillade,

Tout ce qifel' dit, et bref un rien qu'el' fait.

Plus que des Dieux me semble <£uvre parfait.

Et en cela, en cela seul, j'anime

Les doux accents de ma nombreuse rime.

Le nautonnier des ventz devisera, Le laboureur de ses beufs parlera^ Le fier soldat de quelque âpre blessure , De son bétail le berger aura cure; Les uns diront Briare furieux, Avec cent mains rampant contre les Dieux ; Mais je ne peux de ma guitayre tendre Si haut encor lesfoibles cordes tendre.

L*œil de Madame est mon divin object; Je trouve assez en amours de suget, D'amours je vy, et d'amours je respire; D'amours friand, d'amours je veux escrire.

Si ma poitrine aux raiz d'un feu plus chaud Pouvoit darder ses flamesches plus haut, Je guinderoy mon humble petitesse Jusqu'au sommet de ta brave hautesse ; Mais de l'amour ce doux-amer venin, Qui va suçant, cruellement benin^ Le tiède sang de mon corps goûte à goûte, Par devers luy retient mon ame toute.

Jusqu'à la mort ma guitayre bruira Cet humble orgueil, qui, las! m'y conduira.

Après la fin de ma trop brefve vie^ El' bruira l'œil dont el'.sera ravie.

Et s'il advient^ amy, iju'un souvenir Te fasse un coup pitoyable venir Auprès du coing où sera ma closture De marbre noir, en noire sépulture , Au moins allors, pour la forte amytié Dont je te suis tant vifvement lié, Dessus mes os épandant quelques larmes, D^un long soupir dy et redy ces carmes :

« Helas ! voicy^ helas! voicy le lieu Où gist le corpsy mais corps d'un demi-dieu. Que l œil trop beau d'une Nymphe trop belle Ensorcela d'une poison mortelle / »

moy heureux, heureux après ma mort.

Si tu plains, las! mon pitoyable sort!

de mon corps la cendre fortunée S' elle reçoit si douce destinée !

SONNETZ

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