‹ Poésies de Jacques TahureauChapitre 42 sur 48 · DE LA VANITE DES HOMMES · texte numérisé non relu

DE LA VANITE DES HOMMES

'^if^T.^^

outcequel'hommefaitytoutceqiul'homme pense

En ce bas monde icjy N'est rien qv^im vent legier^ qui une vaine espérance Plaine d'un vain souci.

Que pourroit'il aussi sortir que vanité De nôtre race humaine^

Quand ce n'est autre chose, à dire vérité , Sinon une umbre vainei

L'homme mortel n'est rien qu'une simple fumée

Qui passe tout soudain :

Ce n'est rien qvi!une poudre à tous vens promenée

Que de ce cors humain.

204 POésiES DIVERSES.

OÙ se prendra celuy tant comblé de richesses Qui soit content du sieni

Qui ne souffre en son cœur mille et mille détresses Pour augmenter son hienf

Mais^ pauvre homme aveuglé , ne vois-tu les malheurs Que ces grans biens te brassent^

Ne vois'tu les dangers et les tristes douleurs Que tes Palais embrassent?

Le riche volontiers tousjours du mal endure ,

Du soin et des travaux; Et puis la pauvreté c'est une chose durcj

Regorgeante de maux.

Tout n*est que vanité; car aussi bien la mort

A tous, de sa main pasle, De terrcy après avoir faict sus nous son effort^

Nous fera part égale.

Que sert donq* au sçavant d'avoir la connoissance

D'un sçavoir si très-grand, Et puisqu*il faut quHl meure avecques sa science

Comme un autre ignorant?

Son sçavoir ne luy sert que de cent mille ennuis

Qui rongent sa cervelky Qui troublent son repos, et les jours et les nuicts,

D^une angoisse éternelle.

Qui plus a de sçavoir y plus dedans son courage

Il nourrit de douleur :

Le sçavoir n'est sinon qv^une tourelle rage

Qui tourmente le cueur.

Le sçavant pense bien vivre par ses écrits

D'une belle mémoire^ Eî^ bien mille ans après sa mort, gaigner le pris

D'une immortelle gloire. .

Vautre veut plus hautain eternizer sa vie

Mourant d'un brave effort; Mais, je vous pry', voyez! quelle étrange folie

De vivre par la mort!

Des autres la pluspart, qu'un si bouillant désir

De la gloire ne presse.

Veullent en tout soûlas, en jeux et en plaisir

Se baigner en liesse.

ao6 POÉSIES DIVERSES.

Ce leur est bien assez s'ils goustent les blandices

D'une foie putain^ Si elle les iorlotej et si par ces délices

Hz dorment en son sein.

Mais quelle vanité d^estre si lâchement

Engourdi de paresse.

De voir un homme ainsi dormir si vainement

Enyvré de mollesse!

Aussi'bien cettui-là qui s'est trop à la femme

Follement arresté, A la fin tout honteux r^en aquiert qu'un diffame

Rempli de. vanité.

L'homme ne sçauroit prendre en un jour tant d'ébas,

Que, devant la soirée^ Il ne die en son cœur, plus de cent fois : Helas !

Maugréant la journée;

Et le fol au rebours, qui tousjours se tourmente

Pour peu d^ocasion^ De lui-mesme bourreau vainement se lamente

Comblé d'afliction.

Mainte piqué vainement d'un désir trop extrême,

Veut tout voiricy bas :

H veut connoistre tout; mais le grand sot^ lui^mesme

Il ne se connoist pas;

Et maint autre ne veut en aucune saison

Entreprendre voiage; Il ne désire rien que, seul en sa maison^

Penser à son ménage ;

Et tous deux sont remplis d'une vaine folie;

Car l'un incessament Doute de son salut, l'autre fenne sa vie

D'un avare tourment.

Mille de leur bon gré se mettent au coller

Du trompeur mariage^ Et les autres jamais ne se veullent lier

En ce trop long servage.

Les uns pour leurs enfans ont en leur fantasie

Mille mordans soucis.

Ou y tourmentez en vain d'une Apre jalousie,

Ils pallissent transis ;

Les autres^ vainement adonnez aux amours,

Y consomment leur vie^ Mais y vainement deçeus^ ils rentrent tous les jours

En nouvelle folie.

Mille, voulans marcher les premiers is provinces,

Cherchent les vains honneurs; Les autres à la court tâchent Savoir des Princes

Les premières faveurs;

Mais tout est vanité : car Phomme ambitieux

N*ha repos en sa vie^ Et celui-là qui veut estre mignon des Dieux

Est sujet à r envie.

Tout ce que l'homme fait, tout ce que Fhomme pense

En ce bas monde icy.

N'est rien qi^un vent legier^ qu'une vaine espérance

Pleine d'un vain souci:

Puions doncquesy fuions ces trop vaines erreurs,

Dressons nôtre courage Vers ce grand Dieu quiseul nous peut rendre vainqueurs

De ce mondain orage;

Recherchons saintement sa parole fiâelle.

Invoquons sa bonté, Car, certes, sans cela nôtre race mortelle

N'est rien que vanité.

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