ET DE CELER SON SECRET
que la langue est un mal dangereux !
Que c'est un mal plein de poison amerel que celuy veut vivre malheureux , Qui parle trop et qui ne se peut taire !
POÉSIES DIVERSES. 2l3
Combien devatit que de seliazarder A prononcer une seule parole , L'on doit en soy sagement regarder Si elle est point ou trop libre ou trop foie!
La parole est semblable au coup de trait Qui est tiré, qui ha desjà fait playe; Car lors en vain cettui^à qui l'hafait En rompant tare de la guérir s'essaye.
Ainsi quand l'homme ha desjà fait sortir Une parole à son dam avancée j Il n'est après temps de s'en repentir Depuis qu'elle est une fois prononcée.
Combien voit-^n de dangers encourir Pour quelque bruit d un faux rapport qui vole ? Combien voit-on d'hommes braves mourir A l'appétit d'une seule parole?
On en voit mil et mil qui , n'ayant peu Se contenir de parler, se lamentent ; Mais on en voit au contraire bien peu Qui , pour se taire, à la fin se repentent.
2l6 POÉSIES DIVERSES.
L^homme est vraiment et sage et vertueux Qui seulement en lui-mesmes se fie.
Et i|tEi touchant quelque affaire douteux Ne déclara son secret en sa vie.
Penserions-nous qu^un autre fut secret A bien celer sagement nôtre affaire^ Quand nôtre cueur folement Indiscret N*a peu lui'-mesme à un autre se taire f
Heureux cent fois et cent fois est celuj De qui cachée est toute Ventreprisey Et qui nUn fait participant autruy, Non en tel cas seulement sa chemise.
Il vaudroit mieux sa chemise brûler Et trançonner sa langue trop volage , Couper sa main, que cela fit parler Encontre soy quelque mauvais langage,
Cest un grand vice ainsi de s'avancer A parler trop y mesme à son préjudice , Mais de personne en ses dits offenser y Cest bien encore un plus extrême vice.
Le mal qui fait de la langue abuser Cest bien le mal de tous les maux le pire , Et la vertu qui est plus à priser Cest de sçavoir beaucoup et 4e peu dire.