CONTR'AMOUR
Quelle fureur f tenaillant les esprits.
Fait tristement sangjioter tant de cris.
A ces sots que F amour transporte f Quel vain souci r dont ils vont soupirant, Les fait brûler y glacer y vivre en mourant^
Enrager de dovdewr si forte f
Pauvre aveuglé ^ pauvre sot amoureux y Pauvre transi y pauvre fol langoureux y
Pauvre insensé! quelle furie Te fait (Unsi languissant vainement Passer en dueil , et combler de tourment
Ta pauvre et misérable vie f
Mais y pauvre sot y il ne te suffit pas En un moment sentir mille trépas
Pour ce fol amour qui fatiu^ Il faut encore en bromller à milliers Et mille et mille et miiie vains pap'urs,
Témoins de ta lourde sottise;
Et puis tu dis qu'un amoureux ne peut Se dépêtrer librement quand il veut
Des lacs qui retiennent son amef Tu dis que c^est un si plaisant malheur Qu^on n'en sçauroit refuser la douleur
Quoyqu^en soit cruelle la flamme^
On ne sçauroit de vray la refuser Quand de son gri Von s'y veut abuser.
Causant soy-mesme son martyre :
Que peut servir au blessé le conseil Quand ^ dédaignant du barbier l'appareil,
Luy-mesme ses playes dessire?
Est-^e pas bien se défaire d'un laz Quand, s'y meslant de jambes et de bras y
Toujours plus fort on s'y avance?
Est<e pas bien à bon port se ranger.
Quand, d'un naufrage évitant le danger,
Au meillieu d!un gouffre on s^élance ?
Tel en son mal est l'Amoureux transi , Contre raison tousjours plus endurci ,
Tant plus la raison le conseille :
De peur de voir y il ferme ses deux yeux; De peurd'ouyr ses actes vicieux.
Il bouche obstiné son oreille.
Remontrés-luy que tous ses beaux écrits , Ses pleurs , soupirs, ses regrets et ses crit
Servent à sa Dame de fable , Plus que jamais d'encre il régalera
Et de clameurs folement jettera
Trop plus qu'auparavant moéiuable.
RemontrésAuy qu'il n'est rien qui soit tant Léger ^ volage , à tous vens inconstant
Qu'est une amante en sa promesse ; De plus en plus il se lairra piper ^ Et y âepourveu de tout bon sens , tromper.
Mal appris en l'amour traistresse.
Remontrés lui comme il n'est plus à soi
Et que pour prendre en son cueur tant d'eimoi
Il vit sous une autre puissance , De plus en plus en l'amour tourmenté y On le verra perdre sa liberté
Flatté d'une vaine espérance*
Jamais la nuit il ne peut sommeiller y Jamais le jour il ne sçauroit veiller^
Sans penser en mille tristesses; S'U veut aller y il ne peut faire un pas , Et i'il s'arrtte , en mille et mille hélas
Il pleure ses foies détresses.
Quand il faut rire , il se fond tout en deul ;
// cherche autrujy il veut estre toai seul^ Se bannissant de compagnie;
Il meurt de fain , il ne saurait mangé;
Il courbe au faix , et ne veut ^aleger Du pesant fardeau i^u/ l'ennuyé.
S'il veut tenir secrète sa douleur.
Un regard triste , une blesme pâleur.
Une contenance égarée « Un parler froid et fort mal assuré Montrent assés du pauvre adoulouré
Vame d'amour alangourée.
Tantost il veut ses cheveux frisoter^ Se parfumer f se tiffer^ mignoter,
Polir ses mains et son visage; Cette façon tout soudain lui déplait^ Et, de luy-mesme ennemi , ne se plait
Qu'à forcener en son courage :
S'il aperçoit qu'un autre ait la faveur De ses amours^ lors^ mangé de ranqueur.
Tout écumant de frénésie, Il crèvera , de son heur envieux , Et, martelarU son cerveau furieux y
// brûlera de jalousie.
Fuyons y fuyons à ses amours cuisons , Gardons-nous bien le meilleur de nos ans
En erreurs si folles dépendre ; Fuyons ces sois^ leurs larmes et leurs criz , Et travaillons à faire des écrits
Ou noz neveux puissent apprendre !