‹ Poésies de Jacques TahureauChapitre 46 sur 48 · CONTR'AMOUR · texte numérisé non relu

CONTR'AMOUR

Quelle fureur f tenaillant les esprits.

Fait tristement sangjioter tant de cris.

A ces sots que F amour transporte f Quel vain souci r dont ils vont soupirant, Les fait brûler y glacer y vivre en mourant^

Enrager de dovdewr si forte f

Pauvre aveuglé ^ pauvre sot amoureux y Pauvre transi y pauvre fol langoureux y

Pauvre insensé! quelle furie Te fait (Unsi languissant vainement Passer en dueil , et combler de tourment

Ta pauvre et misérable vie f

Mais y pauvre sot y il ne te suffit pas En un moment sentir mille trépas

Pour ce fol amour qui fatiu^ Il faut encore en bromller à milliers Et mille et mille et miiie vains pap'urs,

Témoins de ta lourde sottise;

Et puis tu dis qu'un amoureux ne peut Se dépêtrer librement quand il veut

Des lacs qui retiennent son amef Tu dis que c^est un si plaisant malheur Qu^on n'en sçauroit refuser la douleur

Quoyqu^en soit cruelle la flamme^

On ne sçauroit de vray la refuser Quand de son gri Von s'y veut abuser.

Causant soy-mesme son martyre :

Que peut servir au blessé le conseil Quand ^ dédaignant du barbier l'appareil,

Luy-mesme ses playes dessire?

Est-^e pas bien se défaire d'un laz Quand, s'y meslant de jambes et de bras y

Toujours plus fort on s'y avance?

Est<e pas bien à bon port se ranger.

Quand, d'un naufrage évitant le danger,

Au meillieu d!un gouffre on s^élance ?

Tel en son mal est l'Amoureux transi , Contre raison tousjours plus endurci ,

Tant plus la raison le conseille :

De peur de voir y il ferme ses deux yeux; De peurd'ouyr ses actes vicieux.

Il bouche obstiné son oreille.

Remontrés-luy que tous ses beaux écrits , Ses pleurs , soupirs, ses regrets et ses crit

Servent à sa Dame de fable , Plus que jamais d'encre il régalera

Et de clameurs folement jettera

Trop plus qu'auparavant moéiuable.

RemontrésAuy qu'il n'est rien qui soit tant Léger ^ volage , à tous vens inconstant

Qu'est une amante en sa promesse ; De plus en plus il se lairra piper ^ Et y âepourveu de tout bon sens , tromper.

Mal appris en l'amour traistresse.

Remontrés lui comme il n'est plus à soi

Et que pour prendre en son cueur tant d'eimoi

Il vit sous une autre puissance , De plus en plus en l'amour tourmenté y On le verra perdre sa liberté

Flatté d'une vaine espérance*

Jamais la nuit il ne peut sommeiller y Jamais le jour il ne sçauroit veiller^

Sans penser en mille tristesses; S'U veut aller y il ne peut faire un pas , Et i'il s'arrtte , en mille et mille hélas

Il pleure ses foies détresses.

Quand il faut rire , il se fond tout en deul ;

// cherche autrujy il veut estre toai seul^ Se bannissant de compagnie;

Il meurt de fain , il ne saurait mangé;

Il courbe au faix , et ne veut ^aleger Du pesant fardeau i^u/ l'ennuyé.

S'il veut tenir secrète sa douleur.

Un regard triste , une blesme pâleur.

Une contenance égarée « Un parler froid et fort mal assuré Montrent assés du pauvre adoulouré

Vame d'amour alangourée.

Tantost il veut ses cheveux frisoter^ Se parfumer f se tiffer^ mignoter,

Polir ses mains et son visage; Cette façon tout soudain lui déplait^ Et, de luy-mesme ennemi , ne se plait

Qu'à forcener en son courage :

S'il aperçoit qu'un autre ait la faveur De ses amours^ lors^ mangé de ranqueur.

Tout écumant de frénésie, Il crèvera , de son heur envieux , Et, martelarU son cerveau furieux y

// brûlera de jalousie.

Fuyons y fuyons à ses amours cuisons , Gardons-nous bien le meilleur de nos ans

En erreurs si folles dépendre ; Fuyons ces sois^ leurs larmes et leurs criz , Et travaillons à faire des écrits

Ou noz neveux puissent apprendre !

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