RESPONSE DE J. A. DE BAIF
// ne faut point, cher amy, que je laisse Le bord de Seine, affin de mieux jouir Des doux accordz dont tu sçais réjouyr Le Dieu de Sarte et des Nymphes la presse :
Presse je diy qui de testes épaisse Par la saussaye ententive à fouir.
Tant tu luy plais, s'oublie de fuir Des Chevrepiedz la flotte qui la presse.
Assez, assez ta Lire bruyt icj;
Assez de nous est congneu le soucy
Que tu reçois pour ta belle Admirée, Qui doit en bref^ par ton double fredon
Sonnant sa gloire, emplir tout de son nom.
Non de toy seul, mais de tous admirée.
CONTRERESPONSE A J. A. DE BAÏF
Heureux celuy qui, en sa chaude flàme.
Hante un amant embrazé comme luy!
Heureux, heureux Phomme qui, en ennuy,
Dessus le sein d'un malheureux se pâme !
Mon Dieu, combien, en Pardeur qui m'enftame,
Je sentiroy mon esprit éjouy.
Si tu avoys de ceste langue ouy,
Croisant tes brazj les rigueurs de madame!
Ne pense point par ombre ^ 6 mon Baïf,
Ni par un mort imaginer le vif
Que tu verras sortir de ma parolle.
Vien tostl vien tost! Non, non^ retien tes pas:
Aussi bien sen-je avancer mon trépas^
Qui me roidist en une froide idole.
34 SONNETZ, ODES
Brulle moy, fièvre, et cTune âpre chaleur Tary l'humeur de ma sèche mouélle, Hume mon sang, et d'une ardeur cruelle Trançonne, pille et dévore mon cueur;
Mon teint vermeil décolore en palleur, Recuy ma gorge en soif continuelle, Et sans cesser lance moy la querelle Du froid^ du chaud, bourreaux de ma douleur.
Dessus mon corps ta dent rongeante aguise, Tant que ta main hideuse me conduise Au bord fangeux du bateau Stigïen.
Fay moy réduire en ma première terre, Et qu'en regrez et haux criz on m'enserre Dans le cercueil orgueilleux de mon rien !
Aproche, mort, ça, ça, que je (embrasse!
Vien soulager mes languissans espriz , Vien terminer la frayeur de mes criz Et le malheur que cet enfant me brasse ;
Vien me guider en la teleste race, Vien n^œillader d'un blandissant soubzris.
Vien me donner des bienheureux le pris,
Me séparant de ce vil populace.
Ce n'est plus moy qui, d'un esprit mal sain.
Va surnommant ton doux trait inhumain,
Ce r^ est plus moy qui f appelle cruelle :
Accole moy, accole, mon désir.
Et d'un baiser trompe mon déplaisir,
des beautez divines la plus belle !
Muses, à Dieuj et vostre chant jaiard!
A dieu, Phœbus, et mafiere Déesse!
Livres, à dieu; à dieu la tourbe épesse De mes amis; à dieu tout jeu mignard!
A dieu, guiterre; à dieu, Luc babillard^ Toute harmonie et tout son de liesse.
Gemmes, parfumz, et toute gentillesse, Tout lieu hanté, tout ombrage à F écart!
Ainsi la mort, par une blanche voye.
Droit me conduise en P éternelle joye.
Entre les Dieux, au beau séjour du Ciel.
Ainsi ma foy chacun amant contemple.
Et, tendrement gémissant, prenne exemple De ne tramper ses douceurs dans le fiel.
A MATHURIN DU TRONCHAY
l'un de ses plus grandz amys.
si tu fis onq preuve de Festincelle, mon Tronchay, du brandon furieux Dont cet enfant, le plus puissant des Dieux^ Nous va trustant par sa flèche mortelle;
Si onq, helas! quelque belle cruelle
Tha fait mourir des doux traitz de ses yeux.
Et si tu as d'un beau vers gracieux Fait vivre après sa cruauté trop belle;
Vien, mon Tronchay, vien m^ayder à chanter Ce fier Amour, dont méfait enchanter L'œil, mais trop beau^ de ma Nimphe admirable ;
Ou vien aumoins, après que mon destin Par cet Amour m'aura fait prendre fin.
Pleurer sus moy, tendrement pitoyable.