‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 13 sur 81 · ESCRIPTE PAR MONSEIGNEUR AU ROV, SON FRERE · texte numérisé non relu

ESCRIPTE PAR MONSEIGNEUR AU ROV, SON FRERE

( sans date et sans signature I .

Monseigneur, je n'ay jamais rien tant désiré en ce inonde que d'estre honnoré de vostre bienveillance, recherchant par tous moyens d'humillité, obéissance et estroicte "bservation de voz commandemens, acquérir auprès de

i. Cette lettre parait avoir été adressée à Henri III par son jeune frère François, d'abord duc d'Alençon, puis duc d"Anjou, qui mourut avant lui, en if*?, à l'âge de trente ans, après avoir mené une vie de perfidie et de rébellion.

vous le poinct que la naturelle inclination m'a donné de m'avoir faict naistre ce que je suis et en rendre, en aparence et par effect, certain et manifeste tesmoignaige, non seullement à ceulx qui sont de vostre obéissance, mais à toutes nations, affin de représenter et faire cognoistre à un chascun ceste tant désirée et recommandable amitié fraternelle, qui ne doibt estre viollée, pour quelque cause et occasion qui peult survenir. Mais j'ay esté si infortuné que je n'ay peu avoir cest heur d'attaindre ce poinct; car au lieu que je debvois tenir le premier rang près vostre personne, tant en auctorité qu'en primaulté et très parfaicte amitié, j'ay tellement esté disgratié que les pernicieulx ministres, qui sont à l'entour de vous, m'ont esloigné de la faveur de vostre bonne grâce, chassans et banissans les antiens et très affectionnez serviteurs, gouverneurs de provinces, de long temps nourritz et expérimentez, aux plus grands et importans affaires de ce royaume, se veullent impatroniser du gouvernement de vostre personne, pour parvenir, par tous moyens pervers et illicites, à une incroyable grandeur : ores excluant et reculant les premiers et plus illustres de vostre court; ores dévorant ce peu qui reste au pauvre peuple des misères et troubles passez; ores lui faisant payer, par nouvelles impositions, creues détailles et infinis aultres subeides, leurs superflues despences d'enrichissement d'habitz et toutes aultres démesurées et desbordées sumptuositez. Les vraiz nourrissons de la ruyne, désordre et confusion des républicques et monarchies qui, au contraire, se sont tousjours establies, mainctenues et accordées par la juste tempérance et modestie et se sont seullement plongées en tous délices et voluptez Lju'ilz s'e;-

gallent non seullement aux roys et princes, mais les surmontent en superbes et intollérables despences; et vous ont tellement praticqué et acquis qu'ilz m'ont privé de vostre œil favorable que j'avois tant imploré; faisans torner l'affection fraternelle, qui m'estoit naturellement deue, en une hayne et malveillance ouverte. De sorte que, vous laissant aller à leurs appétitz insatiables et convoictises désordonnées, avez souffert et permis que mes serviteurs, qui tant de foys ont rendu tesmoignaige de la fidélité qu'ilz ont à vostre service par le hasard et sacriffice de leur vie, ayent et publicquement, en plain jour, à la porte de vostre château, en présence de tous, de guet à pend, estre poursuiviz, assassinez et meurdris, sans qu'aulcune justice en ayt esté faicte. Au lieu d'avoir renvoyé et commis ce négoce à vostre parlement estably et institué, par voz prédécesseurs, pour la correction et punition des malléfices, l'impunité desquelz invite les meschans à mal faire. Avez faict préparer vostre chasteau et maison royalle pour la célébration des nopees d'aucuns d'iceulx; et trouvé bon que telz conspirateurs de meurtres si insignes et qualliffiez se soyent effrontément présentez devant moy, disant à haulte voix qu'entre mes bras ils avoyent tué et tueroient mes dietz serviteurs, et feroient bien davantaige; ce qui a encore mieulx achevé que commencé. Car ilz vous ont induit, trois jours après, à me faire arrester es mains de voz gardes, comme un criminel de lèze majesté, et faire constituer prisonnier Bussy * et de Simiers, dans vostre chas-

j. Bussy d'Amboise (Louis de Clermont de — ) s'attacha à François de France, duc d'Alençon puis duc d'Anjou, et en obtint le commandement du château d'Angers. Sous le reçue de Charles IX

teau; et le sieur Delachastre, en la Bastille, chose trop insupportable à un cueur généreulx, innocent et qui ne pensa oncques à vous donner occasion de luy faire tel traictement. Au moyen de quoy, je n'ay peu de moins faire que capter l'occasion de me mectre en liberté et tirer hors de telle servitude que mon occasion et absence, pour éviter le péril de ma vie. Estant très bien adverty que, quatre jours après, on m'avait préparé une retraicte en la Bastille, attendant quelque résolution et conclusion prinse sur les conseilz de Cézar Borgia. Toutes fois j'ay tant de dévotion à vostre service et au repoz de ce royaume que je ne demande que la seurté de ma personne, et passer le reste de mes jours en plaine liberté. Ce que je vous supplie très humblement, Monseigneur, me voulloir permettre avec telle. asseurance qu'un prince, tenant le lieu que je tiens, peult et doibt avoir.

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