‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 16 sur 81 · SUR LA REMONSTRANCE FAICTE AU ROY · texte numérisé non relu

SUR LA REMONSTRANCE FAICTE AU ROY

Lorsque Cézar rengea, d'une vaillante main, Nos vieulx pères Gaulois soubz l'empire Romain, Il renversa leur loy et humaine et divine. Il donna leurs estatz aux Romains seulement, Et aux Gaulois osta l'entier gouvernement : Ainsv tout est changé, quand un tiran domine.

Depuis que la rigueur du malheureux destin Nous a assubjectiz soubz le joug Florentin > Nostre antienne loy a esté abolie; Les Estatz desniez aux naturelz Françoys: Et les Italliens, les premiers, ont le choix: La France est, de rechef, serve de l'Italie.

Béneffices et dons, estatz et pensions,

Sont pour eulx seullement qui, par inventions

De tailles et impostz, espuisent nostre France.

Surtout l'ytalien est expert en cest art ;

Des impostz qu'il y a, il en a bonne part :

Nous voyons bien à l'œil qu'ils ruynent la France.

Le plus fin de nos Roys, pour d'aulcuns se venger, En guerre, le premier, s'avda de l'estranger, Blessant, par ce moyen, l'honneur de la noblesse. Les aultres Roys, depuis, l'ont tous favorise'; Et nostre règne, après, l'a naturalisé : Tousjours ung estranger les estrangers caresse.

Ces vieulx pères Gaulois, paravant invaineuz. De honte rougissoient, bien qu'ilz fussent vaincus. Par ung brave guerrier que Rome honore et prise; Et nous, sans nulle honte, endurons laschement Qu'une femme ayt sur nous l'entier gouvernement : Le peuple est bien poltron sur qui femme maistrise.

Aurions-nous bien le cueur d'assaillir l'estranger Et, soubz nostre pouvoir, comme aultre fois, ranger Naples, Milan, Sicille et la conté de Flandres, Puisque nous ne pouvons trouver ung seul moyen De chasser hors de France ung seul Italien: Nul ne peult assaillir qui ne se peult défendre.

Ung chacun d'entre nous ne tient aultre propoz

Sinon qu'il fault chasser, pour nous mettre en repoz,

Tous les Ytaliens, gras de nostre pillaige.

Mais, quand il fault s'armer, nous creignons notre peau :

Et l'espée se tient, de peur, dans le fourreau :

Ce n'est rien de causer, si l'on n'a bon couraige.

C'est allors, disent-ils, quand on les veult chasser, Aux huguenots plus tost qu'on se doibt adresser, Qui, par cent mil[le] maulx, ont la France affoiblie. Je dis qu'aultant comme eulx ils vont l'affoiblissant, Pourchassant nostre mort et nous apauvrissant : Ravir le bien d'aultruy, c'est luy oster la vie.

Les François ne seroient en telle affliction

Bien que l'Anglois les tînt en sa subjection,

Comme il est mainctenant, sous ceux-cy, mize'rable;

Ils se pourroient garder d'un ouvert ennemy.

Cil qui nous faict le mal, soubz le nom feinct d'amy

Ung ennemy caché est surtout dommageable.

Nos pères sont louez, ayant, d'un brave cueur, Repris leur liberté soubz le Romain vainqueur, Qui tousjours désiroit sa tirannie accroistre. On doibt avec rayson tousjours ceulx-là priser Qui chassent l'estranger qui les veult maistriser : Chascun de sa maison se doibt rendre le maistre.

Avons-nous moings de cueur que nos prédécesseurs Qui surent des Romains, maistres et possesseurs De la France, abaisser l'orgueil et l'arrogance? Hz combatoient alors de braves champions; Nous avons seulement affaire à des coyons : Un vray filz suit tousjours du père la vaillance.

Que me diroit queleun que, à faulte de cueur, Le Roy, des estrangiers, se dict le protecteur. Se ruer doncq contr'eulx est rebelle se rendre. Je respondz que celuy ne peult se rebeller Qui s'arme contre ceulx qui nous viennent foller : Défendre le subject est le Prince défendre.

Si la Justice, en France, avoit quelque vigueur.

Et que la loy ne fust, comme elle est, en langueur.

Il ne fauldroit, pour nous, aultre force plus grande.

Mais si nous désirons ces harpies chasser,

Il lault aultre moyen que la loy pourchasser:

La loy n'a poinct de lieu, quand la force commande.

Au temps que ces Messers vindrent premièrement

On les pouvoit chasser dehors facillement ;

Au faire ne manquoit, sans plus, que bon couraige.

Maintenant que chascun de nous a le voulloir,

Je crains que nous n'ayons la force et le pouvoir :

Tousjours, tousjours trop tard la France devient saige.

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