SONNET DE LA DAME A SON AMI
Plaine d'un fâcheux soing et de mélencolie,
Je vous mauditz, mes yeulx, qui, pour voz seuls plaisirs,
Ayant lasché la bride à mes libres désirs,
Avez, si caultement, ma liberté ravie.
Mais quand je recognois que m'avez asservie En un lien si parfaict, j'honnore mes soupirs,
Et colloque mon nom pour estre des martirs D'une divinité, qu'avez si bien choisie.
Je tiens donq cher mon mal, cognoissant que l'honneur Ne se peult acque'rir qu'en peine et en labeur; Ainsy les sainctz martirs au ciel ont gaigné place
Pour avoir enduré tous leurs maulx constamment. Et moy, souffrant pour vous passion et tourment, Je prétendz d'acquérir vostre faveur et grâce.