HUIT QUATRAINS A SA DAME
Aultre que toy je ne puis estimer :
Voillà pourquoy aultre que toy je n'ayme. Si je pouvois aultant m'aymer moy-mesme, Que je te fais, je ne pourrois t'aymer.
Non, non, m'aymant, non, ne t'estimeray Comme je fais. Mon amour a naissance De ta vertu : d'elle est son accroissance : Et. pour m'avmer, encor je t'avmerav.
Mais me voyant, en t'aimant, consommer Et endurer une doulleur extresme, Si je n'aymoys d'une amitié si ferme Que je te fais, je ne pourrois t'aymer.
Si ferois-je, car je consommeroy Tant de doulleurs par une accoustumance Que j'en auroys une doulce allégence ; Et, pour m'aimer, eneor je t'aimeroy.
Accoustumé, quand je pourroy charmer Tant de doulleurs qui travaillent mon âme, Voyant qu'en rien n'augmenteroit ta flamme, Non, non, mon cueur, je ne pourrois t'aymer
Plus que jamais, car je me charmeroy D'un doux espoir. Il a telle puissance Qu'il tient noz cueurs soubz son obéissance; Et, pour m'aymer, encor je t'aymèroy.