ODE A MAGDELEINE
Puisque la saison du printemps Faict trop plus les hommes contans, Lorsque la terre elle collore, Que l'esté ne l'hivert encor, Il nous fault cultiver le fruict Que le gay printemps nous produict.
Là donc, ma mye Magdalaine, Puisque le vent de ton aleine Semble un zéphire doucereulx, Anime un baiser savoureulx Et souffle, dedans ma poictrine.
Ta délicatesse divine.
Baise-moi tout beau, bellement; Baise moi collombellement,
Ma belle petite Dionne, Ma belle petite mignonne ; Mignonne que j'aime tropt mieulx Que la lumière de mes yeulx.
Tant et tant de tes mignotises, De tes mignottes mignardises, Cupidon, l'archerot voilant, Me va nuict et jour affollant.
Baise-moy [donc] et ne diffère, Pour craincte des yeulx de ta mère.
Nous regardant, elle (se) soubzrit Se soubzriant, elle se nourrit, Si fort et doulcement est forte La doulce amitié qu'elle nous porte.
Rien n'est plus doux que l'amitié, Vivans l'une en l'aultre moictié Et menans une douce guerre :
C'est un vray paradis en terre.
Là donq puisque je vis en toy, Vis, je prye, mignonne, en moy; Et, vivans ainsy pesle-mesle, Dressons une douce querelle.
Tu donras, du doz de ta main, Mille doux coups dessus mon sein; Et je me deffendray folastre, Jusqu'à te voir lasse de battre.
Puis, t'enlevant entre mes bras, Je ne me contenteray pas
De cent baisers pris d'une file; Mais en prendray plus de cent mile, Saoulant à mesme mon désir ; Et, te laissant à ton plaisir, Tu t'enfuiras, comme mutine, Par derrière quelque courtine.
Et là, me dépitant plus fort, Desdaigneras tout mon effort Jusqu'à ce que je te rebaise, A cette fin que je t'apaise; Et affin que j'apaise aussy Le doux tourment Je mon soucy.