DOUZE SIXAINS A SA DAME
Par trop d'aise ou par trop d'ennuy, Nous voyons plusieurs, aujourdhuv.
Désirer changer de semblance Et vivre en cest ardant désir, Pour durer plus en leur plaisir Ou pour moins sentir de souffrance.
Quant à moy qui sens, nuict et jour.
Le fiel et le miel de l'amour, Je vouldrois estre la dorure Que sur vostre chef vous portez, Pour mieulx contempler les beaultez De vostre blonde chevelure.
Je vouldrois estre d'habondant La perle que je voy pendant Au bout de vostre belle oreille, Pour plus commodément pouvoir Vous faire le secret sçavoir De mon amitié non pareille.
Je vouldrois estre le collet Qui, sur vostre sein grasselet,
gramme du nom de la maîtresse Magdeleine Le Gentilhomme (ou il y a deux G) fût correct.
Couvre ces deux tétons d'ivoire, Pour avoir l'heur de les toucher Et pour pouvoir mieulx empescher Qu'aultre n'èust part en ceste gloire.
Volontiers je serois encor
Ceste belle seinture d'or
Qui les flânez vous ceint et vous lie,
Pour estroittement vous lier
Et vous ' garder de m'oblier,
Non plus que je ne vous oblie.
Je vouldrois estre un orellier, Affin de vous voir sommeiller; Et si vouldrois estre une mouche Quant, en esté, vous sommeillez, Pour mieulx baiser les beaulx œilletz Qui sont autour de vostre bouche.
Je vouldrois estre transformé En quelque beau gand parfumé.
Pour baiser souvent} à mon aise, De vostre main les doigtz pollis.
Les doigts molz et blanc comme lis Qui me font dieu quand je les baise.
i. Il y a « pour » dans le manuscrit.
Je vouldrois estre le miroir
Où vous vous esbattez à voir
Les beaultez de vostre visaige,
Afin que je joysse mieulx
Des doux regardz de vos beaulx yeulx.
Dont vous m'enflammez le couraige.
Voulontiers je serois aussy Le buse que vous portez, ainsy Que sur l'estomach on les porte, Afin que je fusse en ce poinct Attaché'tout le jour, et joinct Avec vous d'une amitié forte.
Je vouldrois, puis, que Dieu voullût Que je devinsse vostre luth, Vostre cistre ou votre espinette, Affin, quant vous voudriez sonner, Que vous n'oyssiez re'sonner Qu'Allège^ moi, plaisant Brunette!
Enfin je vouldrois devenir
Une puce pour me tenir,
Toute la nuict, dans vostre couche:
Afin de librement tenter
Si vous me vouldriez contenter,
Sans m'estre jamais plus farouche.
oo —