ENTRE L'AMANT ET LA MAITRESSE
Lorsque le feu, qui consomme mon âme, Doibt tesmoigner d'adoucir son ardeur, Par ta froideur tu redoubles sa flamme.
Puisque le feu est cause du malheur
Dont tu te plains, je veulx, par son contraire,
L'amortissant, secourir ta langueur.
Sentant l'effort du froid, son adversaire. Plus vivement il s'embrase dans moy Dont je ne puis, ni ne le veulx distraire.
Si tu as mal, ne vient-il pas de toy ?
S'il vient de toy, n'est-ce pas grand'manie
Que de produire un ennuy dedans soy !
Mais le doux nœud du désir qui me lie, Me retenant au feu de tes beaulx yeulx. C'est Tennemy du repos de ma vie.
Ton ardeur vient d'un désir ocieulx.
Toy-mesme puis diminuer tes peines, Laissant languir ce penser soucieulx.
De tes beaultez naist l'amour en mes vaines
Ou, si l'amour est enfent de désir,
Le désir naist des beaultez inhumaines.
Fière beaulté, qui as toute puissance De secourir mon feu ou l'empirer, Soit bien ou mal qu'aporte ta présence. Je ne scaurois aultre ardeur désirer.