‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 33 sur 81 · QUATRE SIXAINS A SA DAME · texte numérisé non relu

QUATRE SIXAINS A SA DAME

C'est à tort que l'on dit que nous sommes muables. S'il est vray, croyez-moi, vous en estes coupables : La faulte en est à vous : vous rompez le lien.

Un chevalier errant cherche son avanture.

Le plaisir est le poinct qui faict que l'amour dure ;

Ce n'est pas la rayson que l'on serve sans rien.

Le painctre qui osa, le premier, entreprendre

De paindre Amour, ung dieu, nous voullut faire en-

L"effort et le pouvoir de sa divinité'. [tendre

Les dieux sont immortelz, d'e'ternelle durée :

Il fault qu'à tout jamais l'amour soit asseurée.

Mais joyr est le poinct de l'immortalité'.

Ne vous plaisez doncq poinct. en ma peine amoureuse.

De me voir tormenté, de m'estre rigoureuse ;

Vous rompez mes desseings et ma trame au millieu.

Eh ! Que pensez-vous faire en vous monstrant cruelle ?

Vous luy vouliez oster sa nature immortelle.

Las ! Quelle cruaulté. faire mourir ung dieu !

L'amour, sans le plaisir, se nourrit d'espérance : L'espérance, de peur; la peur, d'impatience. L'impatience après ameyne un changement.

Le changement soubdain se faict d'ingratitude. Et puis, de l'incertain, s'ensuit l'incertitude. Le plaisir luy doibt donc servir de fondement.

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