‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 34 sur 81 · CINQ SIXAINS A SA DAME · texte numérisé non relu

CINQ SIXAINS A SA DAME

Peste d'Ingratitude, il me plaist qu'on t'apelle Le poison de l'amour, le glaçon qui le gelle, Semence de desdaing, nourrice de doulleur, Mère de cruaulvé, fille d'outrecuidance, Racine de discorde et source d'obliance, Ruyne des amans, enfer de leur malheur !

Je blasme infiniment ung erreur ordinaire De croire, si l'on veult, d'ung amour se deffaire Quand ne fault seulement que donner à plaisir. Si l'amour est désir, le de'sir, qui demeure Tousjours enraciné, le garde qu'il ne meure ; Et l'amour vit tousjours tant que vit le désir.

Je croy qu'il n'y a rien au monde qui nourice, Qui retienne si fort l'amant à son service, Que le bien espéré du plaisir, quan il vient. Toute beaulté ne sert, en ce feu, que d'amorce ; La joyssance, après, la nourrit en sa force ; Et, l'ostant, vous ostez le boys qui l'entretient.

Aussy que les saysons toujours se renouvellent, Tout ainsy mes désirs, l'ung l'autre, se rapellent, Et reviennent tousjours en leur premier effort.

Voz yeulx si pleins d'ardeur en mes de'sirs s'allument. Font que mes chaudz de'sirs jamais ne se consument ; Si bien qu'ils ne mourront jamais que par la mort.

Mes désirs allumez sont les feux de mon âme. Mon âme est immortelle ; immortelle est sa flamme Dont je sens, en mon cueur, ces désirs, ce mourir. Osiez doncq ce soupson, ceste fascheuse craincte De voir, ung jour, ma flamme et mon ardeur esteincte ; L'espoir et le plaisir l'engardent de mourir.

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