SONNET A L'AMOUR FORGERON
Amour, depuis trois ans, s'est desrobbé des cieulx Pour estre forgeron; non que forger luy plaise, Mais pour me tormenter. Il bastit sa fornaise Au millieu de mon cueur, dont il est envieulx.
i. Duc d'Alencon.
— Si —
Pour arroser son fer, il prend l'eaue de mes yeulx; Mes soupirs pour souffietz, et mes veines pour braise. Mon foye est son enclume, où il forge à son aise, Sans jamais se lasser, mille traicts envyeulx.
Las! D'une lime sourde, il ronge ma pensée; D'un espoir il pollit ma misère passée ; Et à la folle attente il attache mes maulx.
Mais encor, que pis est, ce forgeron peu saige Dedans mon pauvre cueur faict son apprentissaige: Et, des faultes qu'il faict, j'endure les travaulx.
QUATRAIN
QUI FUT ANTIENNEMENT ORDONNÉ EN UN CONCILLE ESTRE ESCRIPT AU DESSOUBS DES IMAIGBS
Ce que l'imaige enseigne est Dieu et non l'imaige. Regarde-la, Passant, et honore, en ton cueur. Non la pierre ou le boys (car ce n'en est l'usaige), Mais ce qu'elle te monstre, haultain et plein d'honneur.
A MONSIEUR DE CHANVALLON '
Ce n'est plus Helicon, ni le mont de Parnasse, Où se vont, nuict et jour, reposer les Neuf Sœurs ;
i. Les seigneurs de Chanvallon ou Champvalon étaient une branche de la famille de Harlay.
Ores un Chanvallon possède leurs douceurs.
C'est luy seul mainctenant où gist toute leur grâce
Leurs plus rares beaultez sont painctes en sa face ; Leur vertu se peult veoir en ses haultes valleurs; Au marbre de son front, leurs célestes faveurs; Et leur grâce, au bonheur de tout ce qu'il pourchasse.
Puisse donq la beaulté, la vertu, la faveur,
Que puisse des Neuf Sœurs la grâce et le bonheur,
De guider Chanvallon d'une si seure escorte.
Que jamais la grandeur ne te puisse laisser; Et si Fortune mesme y vient pour t'offencer, Que, contre son effort, ta main soit la plus forte.
De Magdelayne la beaulté M'a bien dix mil escus cousté.
PASQUINS (satyres)