VILLANELLE
Le feu secret de mon désir bis
M'a faict une dame choisir, Belle par excellance.
Un amoureulx i
Est malheureulx > Refrain.
Qui n'a la joyssance. ]
Son maintien est venu des cieulx; bis. Son œil bening et gratieulx Me nourrit d'espérance.
Un amoureulx, etc.
Depuis l'heure que je la vev. bis.
Le dieu d'amour m'a poursuivy D'avoir son allience.
Un amoureulx, etc.
Tant qu'elle m'a donné pouvoir bis". De l'aller trouver et la voir, Lu y disant ma souffrance.
Un amoureulx, etc.
.le sçav que son intention bis
Est d'augmenter la passion De ma persévérance.
Un amoureulx, etc.
Rien ne sert un parler humain bis.
Quant on dit : Revenez demain :
C'est dure pénitence.
Un amoureulx, etc.
Amour ne se peult mainctenir bis.
Du passé ny de l'advenir ; Il ayme la présence.
Un amoureulx, etc.
Dame, que je sers humblement, bis. Donnez-moy donc présentement Le doux bien que je pense.
Un amoureulx, etc.
Le manuscrit présente ici deux pièces de vers en italien , barrées diagonalement de gauche à droite, mais lisibles. La première, en huit vers (deux à deux), commence ainsi :
Zephiro spirit bel tempo rimena.
La seconde en quatre tercets :
La piaga che nel core piaga non e che mabia bâta
[amore.
— i 1(5 — CHANSON
(L'air n'en est pas indiqué).
Dormant, j'ay quelque foys songé Qu'en mouche j'estois eschangé Et que je voulletois sans cesse Çà et là, parmi les habitz, Baisant et rebaisant les plitz De la robe de ma maistresse:
Et m'esgarois parmy son sein, De beaulx lis et de roses plein; Et puis, d'une brusque voilée, En estandant mes hellerons, Vollay, parmy ses cheveuz blondz.
Percher mon âme désollée.
Après, je vins à ses beaulx yeulx, Ravi de contempler mon mieulx.
Quand elle, d'une vive flamme, Brusla mes helles de son feu; Et, depuis l'heure, je ne peu Revoller autour de madame.
Puis de ses piedz le misolla ', Et j'entendi qu'elle parla
i. Le m'isola. Elle m'écrasa?
Ces mots empruntez de collère :
« Qui à mes yeulx ose voler, « Il y doibt ses helles brusler o Ou mourir comme téméraire. »
AULTRE CHANSON
(Sur ce mesme air).
O destin, pour moy rigoureulx, O jour quatre foys malheureulx, Qui me feis avoir cognoissance De celle dont j'ayme son cueur!
Car, pour l'aymer, rien que rigueur Je n'ay reçu pour récompense.
Las! Fust-il onq un seul amant En ce monde plus mal contant?
Ne qui, d'une plus juste plaincte Que moy, se puisse lamenter, Se doulloir et se tourmenter, Trompé d'une amitié si feincte?
Combien de temps ay-je veillé Et mon corps en vain travaillé Pour à toy me rendre agréable!
Combien de jours, combien de nuictz Ay-je passé, chargé d'ennuitz, Pour estre enfin si mizérable!
Cruelle, s'il en fut jamais, Comment veulx-tu que désormais Je vive ainsi plain de tristesse:
Sans espoir et loing de secours Faut-il que je passe mes jours T'avant choisi pour ma maistresse