‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 48 sur 81 · LE SEIN DES FEMMES · texte numérisé non relu

LE SEIN DES FEMMES

Je ne sçay par quelle malice

L'on dit aujourd'huy que c'est vice

De monstrer le sein rondellet,

Veu qu'au premier temps d'innocence

La femme n'eust onq cognoissance

Ny de robe, ny de collet. bis.

Elle cheminait toute nue

Dans les préz, sur l'herbe menue,

Parlant avec son amoureulx.

Blasmerons-nous les damoyzelles

Qui commencent, parles mamelles,

A ramener ce temps heureulx. bis.

Il fault cacher la main sauvaige Teincte de sang et de carnaige. Et couvrir la bouche qui ment:

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Mais une poictrine gentille Et le beau te'tin d'une fille Ne se doibt cacher nullement. bis.

Il faut captiver sans lumière

Au noir cachot d'une tasnière

Le serpent, le loup affamé;

Mais le beau sein qui se descouvre

N'a le venin de la coulleuvre

Pour estre pris et renfermé. bis.

Fol est l'usurier qui resserre

Ses facultez dessoubz la terre

Et tient son or ensepvelly;

Mais les pucelles libérales

Éventent deux pommes esgalles

A l'yvoire le mieulx polly. bi.s.

Tout aussy tost que nos déesses

Nous eurent monstre les richesses

De leur estomach précieulx,

Amour, aveugle de nature,

Ne voila plus à l'aventure

Et se desbanda les deux yeulx. bis.

Il rougist ceste double freze Comme charbons de sa fornaise.

Deux souffletz furent les tétons

Qui de chaudes vapeurs s'enflèrent

Et dedans noz âmes soufflèrent

Le feu mignard que nous sentons. bis

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