‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 49 sur 81 · LES MOUCHES A MIEL · texte numérisé non relu

LES MOUCHES A MIEL

(Extraicte d'Amadis Jamin !).

Estant couché près des ruchettes Où faisoient du miel les avettes, En ces mots je vins à parler :

o Mouches, vous voliez à vostre ayse; « Et ma maistresse est si mauvaise « Qu'elle m'empesche de voiler.

« Vous voliez sur les fleurs escloses « Et moissonnez les doulces choses :

« Du tim, du saffran jaunissant, « Et du saule à la feuille molle; « Mais sur la moisson je ne voile, « Dont j'ayme à estre joyssant. »

Mouches, de Jupiter nourrices, Des odeurs qui vous sont propices Vous faictes la cire et le miel.

i. Amadis Jamin ou Jamyn, disciple favori du poète Ronsard, naquit vers i53o et mourut vers r585.

Mais moy, des beaultez de ma dame, Je ne produietz rien en mon âme, Que plaincte, que dueil et que fiel.

L'on dit, ô collères abeilles,

Qu'en voz poinctures non pareilles

Votre destin se void borné.

Mais celle dont les traictz je porte.

Las! en me blessant, n'est poinct morte

De la mort qu'elle m'a donne'.

Ah! je vouldrois estre une mouche Pour volleter dessus la bouche, Sur les cheveuz et sur le sein De ma dame belle et rebelle :

Je picquerois ceste cruelle A peine d'y mourir soubdain.

(Ici sont dessinés à la plume trois croissants entrelacés. Cet emblème était d'un fréquent usage au seizième siècle dans notre Forez. On le voit encore à Saint-Etienne, sculpté en relief sur la façade d'une antique maison de la place de Grenette.

CHANSON

Toutes les herbes croissent, Toutes les fleurs paroissent; Il n'est que ton amour Qui descroit nuict et jour.

Douces sont les herbettes, Douces sont les fleurettes; Seulement ton amour M'est rudde nuict et jour.

Par toutes les valle'es Les eaues sont dégellées; Il n'est que ton amour Qui gelle nuict et jour.

Doux le vent de Zéphire Qui doucement souspire; Seullement ton amour M'est amer nuict et jour.

Tout rit par les montaignes, Tout rit par les campaignes:

Et moy, pour ton amour, Je pleure nuict et jour.

Tous les champs reverdissent Et d'espoir se nourrissent; Et moy, pour ton amour, Despère nuict et jour.

CHANSON

Si la pitié, la courtoisie Ou bien si quelque aultre douceur Loge quelque foys dans ton cueur.

Par un baiser rendz-moy la vie.

Si, lorsqu'un amant te suplie, Tu te sens mouvoir à pitié, Pour fruict de ma saincte amitié.

Par un baiser rendz-moy la vie.

Regarde, ma chère ennemie, Beaulté qui cause mon trespas.

Pour te servir, ne veulx-tu pas.

D'un baiser, prolonger ma vie?

Ahï cruelle, la courtoisie

Ne t'incite à me secourir.

Tost un cercueil! je veulx mourir:

Car aussy bien je meurs en vie.

Mais, si pour te rendre assouvie xMa mort te servoit tant soit peu.

Sans me laisser brusler au feu, D'un long baiser succe ma vie.

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