‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 50 sur 81 · LES MARINIERS · texte numérisé non relu

LES MARINIERS

Les mariniers adorent un beau jour Quant, pleins d'espoir, s'en vont courir fortune; Moy, des beaultez que nous a peinct amour, Plein d'un bonheur, je n'en adore qu'une Pour mon malheur.

Les Sarrasins adorent le soleil Lorsqu'au matin ils descouvrent sa tresse; Moy, je ne puis qu'admirer le bel œil Et l'air divin de ma chère maistresse.

Le Portugois envie la valleur Et la coulleur des perles de Lydie; Moy, je ne puis avmer aultre blancheur Que celle-là de la main qui me lie.

Le prisonnier cherche sa liberté, Pour mettre fin à sa peine cruelle; Moy, je me plais en ma captivité, Dans les liens d'une dame si belle.

Les Cipriens n'adorent qu'un Vénus, Allors qu'ilz ont l'àme d'amour atteinte, Et mes deux yeulx, en flammes devenus, N'adorent rien icy bas que ma saincte.

Venu le jour, ne le soleil des cieulx,

La liberté', ny la perle indienne,

N'est rien au priz des raiz de ses beaulx yeulx :

Nulle beaulté n'est essalle à la sienne.

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