PAR AMADIS JAMIN
Or que le plaisant avril,
Tout fertil, Donne aux plaines la verdure ; Et Jupiter, à son tour,
Faict l'amour.
Je veulx imiter nature.
Voicv les jours de Venus
Revenuz, Où faict l'amour toute plante.
La terre grosse produict
Un beau fruict.
Ores toute chose enfante.
Tout rit jusqu'au fond du cueur.
Vient l'ardeur Qu'en ce moys Vénus eslance;
L'univers, de bout en bout,
Sent partout Sa chatoilleuse puissance.
Mil espesses d'animaulx
Inégaulx Sur les campaignes bondissent; Et de Cupidon poussez,
Insensez, De leurs femelles joyssent.
Voyant le flambeau d'aymer
Enflammer Les cieulx, la mer et la terre, Doibz je mettre à nonchalloir
Le voulloir Du dieu qui me faict la guerre !
Bien que jamais ta beaulte'
N'a esté Moins de mon cueur esprouvee, Si est-ce qu'à ce doux temps
Je la sens Plus en mon âme engrave'e.
Mon feu croist en ce beau moys,
Toutefoys Quant l'yver nous viendra poindre
De violente froydeur.
Ma chaleur Ne se pourra faire moindre.
L'aage du printemps deffault
Par le chaud, Et l'hivert chasse l'automne ; Mais j'ay, en toute sayson,
La prison Où ta beaulté m'environne.
Pour un aultre feu nouveau,
Le flambeau Qui m'eschauffe la poitrine Ne peult s'esteindre jamais;
Je me pais D'une flamme tropt divine.
L'animal, au feu naissant
Et croissant, Tout soubdain cesse de vivre, S'il s'esloigne tant soit peu
De son feu :
Ainsy je meurs sans te suivre.
En ce feu je me nourris,
C'est mon ris.
Ma brusleure, c'est mon aise,
Mon plaisir, mon allimant;
Seulement, Je respire en telle braise.