‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 54 sur 81 · PAR AMADIS JAMIN · texte numérisé non relu

PAR AMADIS JAMIN

Or que le plaisant avril,

Tout fertil, Donne aux plaines la verdure ; Et Jupiter, à son tour,

Faict l'amour.

Je veulx imiter nature.

Voicv les jours de Venus

Revenuz, Où faict l'amour toute plante.

La terre grosse produict

Un beau fruict.

Ores toute chose enfante.

Tout rit jusqu'au fond du cueur.

Vient l'ardeur Qu'en ce moys Vénus eslance;

L'univers, de bout en bout,

Sent partout Sa chatoilleuse puissance.

Mil espesses d'animaulx

Inégaulx Sur les campaignes bondissent; Et de Cupidon poussez,

Insensez, De leurs femelles joyssent.

Voyant le flambeau d'aymer

Enflammer Les cieulx, la mer et la terre, Doibz je mettre à nonchalloir

Le voulloir Du dieu qui me faict la guerre !

Bien que jamais ta beaulte'

N'a esté Moins de mon cueur esprouvee, Si est-ce qu'à ce doux temps

Je la sens Plus en mon âme engrave'e.

Mon feu croist en ce beau moys,

Toutefoys Quant l'yver nous viendra poindre

De violente froydeur.

Ma chaleur Ne se pourra faire moindre.

L'aage du printemps deffault

Par le chaud, Et l'hivert chasse l'automne ; Mais j'ay, en toute sayson,

La prison Où ta beaulté m'environne.

Pour un aultre feu nouveau,

Le flambeau Qui m'eschauffe la poitrine Ne peult s'esteindre jamais;

Je me pais D'une flamme tropt divine.

L'animal, au feu naissant

Et croissant, Tout soubdain cesse de vivre, S'il s'esloigne tant soit peu

De son feu :

Ainsy je meurs sans te suivre.

En ce feu je me nourris,

C'est mon ris.

Ma brusleure, c'est mon aise,

Mon plaisir, mon allimant;

Seulement, Je respire en telle braise.

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