‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 55 sur 81 · A MAGDELEINE LE GENTILHOMME · texte numérisé non relu

A MAGDELEINE LE GENTILHOMME

Le soleil qui m'esclaire Vient de vostre lumière Et de voz divins yeulx, Qui rendent amoureux.

Si vous sçaviez la peine Qui nuict et jour me gesne, Vous ne me lerriez pas Mourir en ce trespas.

Puisque mon espérance Gît en vostre puissance, Ne cachez cruaulté Soubz vostre grand' beaulté.

Si ne vouliez permettre De serviteur vous estre, Je maudiray le jour Qu'onques vous feis l'amour.

Ne soyez plus cruelle A celluy qui, d'un zelle, Veult mourir, vous servant Comme un fidèle amant.

(Suit le monogramme à la plume P. M. L. G. de l'auteur et de sa maîtresse.)

CHANSON

Que j'estime ceulx là qui, de voix véritable, Considérant Testât d'un parfaict amoureulx, L'estiment insensé. Je soubstiens avec eulx Que sa condition est plus que misérable.

C'est vrayement un erreur que d'esclaver sa vie Soubz le joug enchanté d'une vaine beaulté. É! qu'avons de plus cher que nostre liberté Ne plus à regretter, quant on nous l'a ravie ?

Estre toujours pensif, se desplaire en soy mesme, Apeller mille foys la mort à son secours, Raconter ses doulleurs aux rochers qui sont sourdz. Et soubz un front ridé porter la coulleur blesme;

Se paistre d'un clin d'œil, figure de chimère, Se promettant, sur tous, estre le mieulx aymé ;

Et puis, tout à coup, se voir désestimé, N'est-ce charger son doz d'un monde de mizère.

Se voir, parmy les flotz, combattu de l'oraige Et, desdaignant l'abbort du havre de seurte', Singler en haulte mer de sa captivité, Ce sont les vraiz effets de l'amoureuse raige.

Somme, ce n'est rien plus qu'une perte asseurée A tous ceulx qui, plus caultz, vont observant les pas De ce cruel tiran. Quoy ne le void-on pas ! Un enfent nud, aislé et la veue bandée.

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