‹ Poésies de Jean Palerne, forézienChapitre 61 sur 81 · COMPLAINCTE · texte numérisé non relu

COMPLAINCTE

O vous, pleins de pitié, pleignez, plorez ma perte, Qui ne sera jamais par le temps recouverte,

En ces terrestres lieulx; Et faictes entre vous des complainctes funèbres, De moy qui n'ay recours, vivant par les ténèbres,

Qu'aux larmes de mes yeulx.

Je ne suis plus au rang des âmes bienheureuses; Je cherche çà et là des cavernes hideuses

Pour y faire sesjour; Les plus obscurs nuictz me servent de lumière ; Je n'attendz seullement que mon heure dernière,

Pour limiter mon jour.

Quand j'entendz murmurer les fontaines si claires, Je redouble mes crys de cent paines amères En me ressouvenant

De la belle clairté que la mort m'a ravie, Pour changer mes plaisirs en languissante vie Où je suis mainctenant.

Pourquoy ne faictes vous, ô Parques infernalles. Que je soys compaignon de ces umbres si pasles

Qu'on oyt dans un cercueil?

Je changerois par là mes plus cruelles peines. Aussy bien n'ay je plus ni poux, ny sang, ni veines.

Qui ne soit plain de deuil?

Je ne me plaindroispoinct,si ma peine irritée Rendoit, en sa fureur, une heure limitée

Et que l'on peult guérir ; Mais je me plains de toy, ô Fortune cruelle, Qui me fais esprouver une mort éternelle;

Et si ne puis mourir.

Ah! que n'ay-je le cueur faict d'une roche dure. Pour supporter les flotz, que sans cesse j'endure,

Qui rongent mon cerveau.

Et pourquoy suis-je né, tout comblé de mizère ! N'eust-il pas mieulx valu qu'au ventre de ma mère

J'eusse faict mon tombeau?

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