STANCES A SA MAITRESSE
Du prouffond des enfers, tout noircy de tristesse, Rongé de mil ennuis, mes plainctes je t'adresse.
Ne veuilles contre moy ta collère tenir ; Cesse de me tirer tant de traicts de vengence. Si tu veulx prendre garde au grief de mon offence, O déesse, comment pourrai-je soubstenir !
Si tu es aux grandz dieux, comme je croy, pareille, Hélas ! ne bouche plus, à mes souspirs, l'oreille. Mon sein baptu sçait bien comme je me repentz ; Mon lict est, toute nuict, détrempé de mes larmes ; Cent douleurs, à l'envy, me livrent des allarmes : Pour t'avoir offencé, voillà mon passe-temps.
Mon œil est tout troublé, mon esprit ne repose ; Son péché l'importune ; et ne pense aultre chose. Mon cueur seiche d'ennuy, comme un pré tout fannv Je suis, ainsy qu'Oreste, agitté de furie; Mais tu peulx délivrer, de cest enfer, ma vie Et me remectre au ciel, duquel tu m'as banny.
Si Dieu, dont la puissance est si grande et si haulte,
Sans voulloir pardonner, usoit, à toute faulte,
D'une telle rigueur, nul ne seroit sauvé.
J'ay faict ce qu'un pécheur en son dueil debvoit faire
Je me suis repenti ; et, pour y satisfaire,
Est-il pareil tourment à mon mal esprouvé !
Un aultre m'a poussé dedans le précipice, J'ay commis cest erreur, mon guide de mallice,
Non par meschanceté, que je fuis de bien loing. Comment se cognoistroit du grand Dieu la puissance. Si l'homme n'offençoit sa divine clémence. Ainsv de ta bonté mon crime soit tesmoing.
Ne destorne de mov la douceur de ta face ; Fais reluire sur moy le soleil de ta grâce, Que j'estime à mon dam et que j'honore tant ; Aultrement je seray d'une fortune esgalle Avec ceulx qu'on descend aux fosses infernalles ! ' Mais quel gain de dampmer un pauvre pénitent ?
Je n'offenseray plus. Non, que plus tost je meure ! O que dès mainctement sans esprit je demeure. Je ne veulx un esprit à son maistre nuisant Je hais tout ce que hait ta beauté vertueuse : Comment donc ne seroit mon âme malheureuse -, Tandis qu'à ta vertu je seray desplaisant ?
De mon esprit contrict je te fais sacrifice ;
A me faire pardon ta bonté soit propice.
En la balance soit mon péché, d'un costé ;
Ta clémence, de l'aultre : à l'instant je m'asseure
Que ton cueur magnanime oblira mon injure.
Un péché n'est si grand, faict contre volonté.
i. Dans la fosse infernale.