C'est à mon grand regret que
36. — J'ay veu le mescontentement que vous avez reçeu... 3t. — Désirant effectuer la promesse que je vous feis...
38. — Madame, vous m'escrivez que mon malheur vous desplaît...
39. — Un amant désespéré, écrivant à une gouvernante de sa maistresse.
40. — Madame, vous dictes plusieurs choses, en vostre dernière...
41. — Il sufliroit bien que je vous aymasse comme je vous ay toujours aymé...
42. — A une dame, l'advertissant de patienter contre certains médisans d'elle.
43. — Consollation sur la mort de son mary. Madame, aujourd'huy un mien amy digne de foy, revenant
de vostre maison, m'a bien au long informé du grand dueil que vous faictes par le trespas de feu Monsieur vostre mary qui est la cause que pensant en l'une et l'aultre fortune vous rendre partie de mon debvoir, j'ay longuement doubté si, vous escrivant, j'userois de consollation ou répréhention, ou bien si je ferois mieulx à me resjouyr seullement de voz larmes, mais encor de voz trop molles et délicattes cérémonies. Enfin je me suis résolu de vous escrire, famillièrement et sans respect, tout ce qui me viendroit en fantasie, m'asseurant que le prendrez en bonne part, si vouliez cognoistre mon intention; ou sinon ceste lettre servira au moins d'argument suffisant pour vous revencher et trouver aultant à redire en l'office que je fais de vous consoler, comme j'en treuveray à celluy que faictes, vous pleignant et lamentant excessivement. Je sçay bien, Madame, que vostre feu mary estoit un gentilhomme jeune, riche, qui vous aymoit et honoroit beaucoup et traictoit tant honnestement qu'il n'estoit possible de plus. Je sçay aussy que
vous luy avez rendu semblable affection, le servant et obéissant avec si grande humilité et dilligence que nulle chose luy estoit agréable en santé ny en malladie sinon de vostre présence. Il est mort en la fleur de son aage, cela est vray, je l'advoue. Mais pourtant debvoit-il vivre plus qu'il ne plaisoit à Dieu? N'estes-vous pas trop ingratte créature d'oblier les innumérables grâces qu'il vous a faictes et, au lieu de le remercier, vous plaindre de ce qu'il ne vous a accordé la dernière que luy avez demandée. Celuy donques qui ne persévère à tousjours gratiflier et complaire, doibt-il perdre les services passez. O détestable ingratitude des humains, lesquelz ayant receu quelque courtoisie, la mettent incontinent en obly, et comme s'ilz avoient l'àme persée, l'englotissent soubdain, ne pensant que d'en recevoir et avaller une aultre. Je [vous suplie, M[adame], cognoissez vostre mescognoissance, et priez le Créateur que, sans avoir esgard à vostre volonté, Il exécute tousjours la sienne, vous asseurant qu'il n'a jamais voulu ny vouldra sinon vostre salut. Souvenez-vous aussy que vostre feu mary, depuis quatre ou cinq ans en ça, estoit continuellement tourmenté de forte et aspre malladie et si difflcille à guérir qu'il estoit incurable, parce qu'il mesprisoit les médecins et haïssoit les médecines. Le pauvre seigneur ne passoit plus un jour sans doulleurs si très cruelles qu'il estoit contrainct, nonobstant sa jeunesse, d'attandre une prochaine mort ou craindre une fort mizérable et angoisseuse vie. Vous dittes, comme je suis adverty, que vous eussiez mieulx aymé le garder et servir continuellement mallade que, par son trespas, en estre perpétuellement privé. Croyez qu'il souhaitoit tout le contraire; c'est assa-
voir la fin de son mal, car nostre àme ne sauroit prendre plaisir d'habiter en un corps inutille et chargé de tourmens. L'homme de cueur, après avoir essayé quelle différence il y a entre languir et vivre, ayme beaulcoupmieulx desloger bien tost que voyant tous les jours mourir une partie de soy et mendier sa vie d'heure à l'aultre. Laquelle on auroit beau louer, mais je ne vouldrois vivre pour le pris si j'estois en telle perplexité. Or je crains à dire vray, que voullant suivre l'erreur commun vous ne feissiez comme font les dames nouvellement vefves, lesquelles s'estudient à rien tant qu'à estre fort tristes et de bien garder leurs ennuis. Par quoy assemblant toutes les occasions qu'elles se peuvent trouver de se plaindre et raonstrant en aparence la doulleur qu'elles ne sentent que bien peu, usent de lamentations tant sottes que vrayement aux femmes de vostre estât, on les peult dire ridiculles et honteuses, quand tant d'honnestes hommes vont vous conseiller quel honneur vous est-ce de respondre. Las il me souvient et souviendra tousjours de la grande perte que j'ay faicte de la mort d'un si bon amy et mary. Je vous suplie, M[adame], ne creignez poinct le regret d'une longue et perpétuelle mémoire. Car nature faict que nous oblions volontiers ce de quoy le souvenir nous donne ennuy et peine. Et si vostre doulleur ne dure sinon autant que durera vostre souvenance, je vous asseure qu'elle ne durera longuement.