J'ay tousjours creu jusqu'icy
49. — C'est vous avoir trop d'obligation. — (Cette lettre se termine ainsi : « Je vous baise mil foys à la bouche... « Adieu, mon cueur ; adieu, aymable).
bo et dernière. — « Je mauldis ie peu d'heur que j'ay ne « vous pouvoir dire bien au long ce que je voudrais ; mais, « malgré mon envie, il fault que j'aprenne à sçavoir que « c'est de patience par cet article. La haste me fera donq n seullement vous dire, Madame, que je jure, par ce qui est « de plus divin, qu'il n'y a rien au monde que j'honnore « comme voz perfections, n a saincte dame, et, s'il n'est « ainsy, je veulx, comme parjure, avoir le mesme paye- « ment que Pluton donne aux siens. Adieu, l'âme de « ma vie. 0
A LA ROYNE DE N. (Navarre).
Je suis contrainct d'advouer, au commencement de ma lettre, que vostre majesté, surpassant par ses perfections tout auitre personne qui vive, se veult encore, par sa bonté, monstrer divine, puisqu'il luy a pieu tant m'obliger, de daigner ressouvenir de moy et asseurer le sieur de X... que j'ay cest heur d'estre du nombre de voz très humbles et obéissans serviteurs, me recognoissant indigne d'un tel bien sinon autant qu'il vous plaira m'en rendre digne. Ceste dévotion me faisant souhaitter pour comble de ma félicité de pouvoir employer ma vie pour vostre service, en laquelle volonté. J'ay deux de mes amys dont
l'ung a receu naguière de votre majesté tant d'ayde et support pour l'acheminement de ses affaires, qu'il n'adore rien tant en son cueur que la souvenance de voz biens faictz, lesquelz seront les chaînes de sa servitude, qui le tiendront pour jamais sainctement et estroictement lié aux piedz de vostre hostel. L'aultre qui est mon plus cher et grand amy vit malheureux, se voyant maintenant privé des deux astres desquelz l'asseurance de toute sa bonne fortune despend ; et croy que, sans l'espérance qu'il a de bien tost sentir les doux eifectz de leurs gratieuses influences, il vouldroit desjà avoir les yeulx couvertz des ombraiges d'une mortelle nuict. Mais, Madame, vous présidez dans le ciel de son paradis; gt nous pouvez tous rendre bienheureux, en nous daignant départir de vostre lumière; laquelle je ne pense estre réservée seullement à ceulx qui en sont près, mais encore plus à nous qui, de loing, la recherchons, invocans vostre nom au millieu de noz plus dangereulx périlz. Ce qui me donne occasion finir la présente et prier Dieu d'aultant plus dévotieusement, qu'il veuille, Madame, conserver vostre majesté en parfaicte santé, très heureuse et lonsue vie.