I.XXIX
John Keats
. asser votre temps dans des salles
.* autres sociétés comme je vous l'ai vu
faire, je ne tiens plus a vivre. Si vous avec fait
cela, je souhaite que la nuit qui vient soit pour. moi la dernière. Je ne peux pas vivre sans vous. . . non seulement vous, mais vous e/iaste. l'ous vertueuse. Le soleil se ici i couche, le jour
esc, et vous suive- plus ou moins la pente où votre instinct vous entraine... \'ous ne pou. concevoir la quantité de sentiments misérables qui l'ont et viennent en moi en un jour! — Soj'c; .' — L amour n'est pas un jeu. Et encore une fois. y. us ne pouve; le faire
avec une conscience de cristal.. Je mourrais plutôt que d'être privé de vous... A jamais vôtre Y i ).
Et quand sur l'ordre du médecin, il part Aé pour l'Italie, son dernier souffle poétique est pour Fannv Braivne.
En somme, Keats malgré lui. s'était immole au culte passionné et suprême de la Beauté, puisque pour elle, il avait sacrifié une cam qui aurait été suffisamment lucrative pour lui permettre de vivre dans le confort et le rei
Traduction M. L. des Garets Lettres de Keats à Fânny Brawnc .
John Keats
et où il n'aurait pas connu les angoisses du doute et la combustion poétique. Et peut-être la jeune Fanny se serait-elle éprise d'un jeune chirurgien aux gains assurés plus que d'un jeune poète pauvre, inconnu et génial. — Ce qui est le plus affreux, c'est que la pauvre petite aurait eu raison.
On voit Keats et Sevem à bord de cette goélette romantique, en compagnie d'une jeune passagère consomptive dont on imagine les voiles verts flottant au vent. Le navire quitte la Tamise à destination de Naples et traîna dix jours dans la Manche.
Keats profite d'une escale en face du comte de Dorset pour descendre à terre; il regarde encore une fois sa bien-aimée campagne anglaise et l'associant a son grand amour pour Fanny, il écrit son sublime sonnet, le dernier de son œuvre :
Brillante étoile, que n'ai-je ta constance?...
Xos voyageurs n'échappèrent pas aux humeurs terribles du golf e de Biscaye, et leur bateau y fut ballotté pendant trente heures. Keats supporta cette tempête avec plus d'indifférence que Sevem.
John K i:\ts
hn vue des eûtes du Portugal, on tira deux fois sur leur navire, parée qu'on crut qu'il purtait des partisans de Don Carlos.
Pendant la traversée, les deux compagnons lurent Don Juan de Byron. mais ee poème sarcastique et terrestre irrita l'archange Keats. qui savait qu'il n'était déjà plus « un citoyen de ce monde
Ils ont beau arriver à Xaples le 21 octobre. Keats ne quitte jamais Hampstead, où demeure Fannv Braivue.
Il commence alors ce qu'il appelle sa • vie posthume .
Les souffrances physiques et morales sont elles qu'il aspire à la mort comme le voyageur fatigué pense au repos.
L'agonie chrétienne, traversée d'espérances et d'angoisses, est épargnée à cet esprit paien.
Il envoie son ami Severn regarder l'endroit où il sera enterre, car il 1 sent déjà les pâquerettes pousser sur sa tombe . C'est dans le coin du cimetière du Monte Testaccio réservé aux protestants.
5* là qu'eu effet il repose, dans l'angle ombreux projeté par la pyramide de Coins C
tius, dans une terre tiède et douce où croissent l'herbe et les violettes.
John Keats est mort le 2 S février 182 1 } tenant dans sa main un petit bijou en cornaline ' blanche, don de Fanny Braivne, et les derniers billets de celle-ci, qu'il n'avait pas voulu ouvrir pour éviter leur insignifiance, posés sur son cœur.
Il exigea que sur sa tombe fût gravée cette phrase d'un mourant :
« Ci-gît un homme dont le nom fut gravé sur l'onde... »,
contredite heureusement par celle qu'il avait écrite dans la pleine floraison de son être :
« Je crois que je serai parmi les poètes anglais après ma mort ».
E. DE CLERMOKT-TONNERRE.
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