‹ Poésies de John KeatsChapitre 15 sur 21 · LA BELLE DAME SANS MERCI · texte numérisé non relu

LA BELLE DAME SANS MERCI

Ode to a Nightingale

M y heart aches, and a drowsy numbness pains, Mv sensé, as though of hemlock I had drunk, Or emptied some dull opiate to the drains

One minute past, and Lethe-wards had sunk : T is not through envv of thv happy lot, But being too happy in thine happiness. — That thou, light-winged Drvad of the trees

In some melodious plot Of beechen green, and shadows numberless, Singest of summer in full-throated ease.

O, for a draught of vintage ! that hath been

Ode au Rossignol

Mon cœur est lourd et une torpeur engourdit de souffrance tous mes sens, comme si j'avais

bu de la ciguë ou à l'instant vidé jusqu'à la lie une coupe

opiacée, et sombré vers les profondeurs du Léthé. Ce n'est pas par envie de ton heureux sort mais d'être trop heureux de ton bonheur, — que, Dryade des forêts aux ailes légères, dans quelque mélodieux abri de la hêtraie verte aux ombrages infinis, tu chantes l'été de toute la joie de ta gorge

palpitante.

Oh! qui me donnera une gorgée d'un vin qui se serait

Odk to a Nightingale

CooPd a long âge in the deep-delved earth, Tasting of Flora and the country green,

Dance, and Provençal song, and sunburnt mirth !

O for a beaker full of the warm South, Full of the true, the blushful Hippocrene, With beaded bubbles winking at the brim, And purple -stained mouth; That I might drink, and leave the world unseen, And with thee fade away into the forest dim :

Fade far away, dissolve and quite forget Wath thou among the leaves hast never

known, The weariness, the fever, and the fret Hère, where men sit and hear each other groan ; Where palsy shakes a few, sad, last gray hairs, Where vouth grows pale, and spectre-thin, and dies; Where but to think is to be full of sorrow

Ode au Rossignol

lentement giacé dans la terre profonde, d'un vin qui sente Flora, et la verdure, la danse, et les chansons provençales, et l'allégresse brûlée du soleil, Oh! qui me donnera une coupe du midi

brûlant, pleine de la véritable Hippocrène toute rougissante, dont le bouillonnement frangerait ses bords

de perles d'écume, et laisserait les lèvres empourprées; que je puisse boire et disparaître de la vie et avec toi m'évanouir dans la forêt obscure :

M'évanouir tout à fait — me dissoudre et

oublier à jamais tout ce que tu ignores parmi tes feuillées, l'abattement, les fièvres, l'inquiétude de la terre où l'homme n'entend que le

gémissement des hommes; où la paralysie fait trembler les mélancoliques

derniers cheveux blancs; où la jeunesse devient pâle, spectrale, et meurt; où penser, c'est connaître le désespoir

Ode to a Nightingalk

And leaden-ey'd despairs, Where Beauty cannot keep her lustrous eyes. Or new Love pi ne at them beyond to-morrow.

Away! away! for I will fly to thee, Not charioted by Bacchus and his pards, But on the viewless wings of Poesy, Though the dull brain perplexes and retards :

Already with thee! tender is the night, And haply the Queen-Moon is on her throne, Cluster'd around by ail her starry Fays; But hère there is no light, Save what from heaven is with the breezes

blown Through verdurous glooms and winding mossy wavs.

I cannot see what flowers are at my feet,

Ode au Rossignol

et la douleur aux yeux caves;

où la beauté ne peut garder plus d'un jour

son regard étineelant; où Famour qu'elle a fait naître n'existe plus

demain.

Loin, loin d'ici! car je vole vers toi, non pas enlevé par Bacchus et ses léopards, mais par les ailes invisibles de la poésie, malgré l'obstacle de la pensée trop lente et

engourdie :

Déjà je suis avec toi! Tendre est la nuit, et sans doute la Reine Lune est déjà sur

son trône, enserrée par l'essaim de ses fées couronnées

d'étoiles; Mais ici la lumière cesse, si ce n'est la lueur que la brise apporte des

cieux à travers les incertaines ombres vertes et les

méandres moussus.

Je ne puis voir quelles fleurs sont à mes pieds,

Ode to a Nightjngale

Nor what soft incense hangs upon the boughs, But, in cmbalmed darkness, guess each sweet Wherewith the seasonable month endows The grass, the thicket, and the fruit-tree wild ; White hawthorn, and the pastoral eglantine; Fast fading violets cover'd up in leaves; And mid-May's eldest child, The coming musk-rose, full of dewy wine, The murmurous haunt of Aies on summer eves.

Darkling I listen; and, for manv a time

I hâve been half in love with easeful Death, Call'd him soft names in many a mused

rhyme, To take into the air my quiet breath;

Now more than ever seems it rich to die, To cease upon the midnight with no pain,

Ode au Rossignol

ni quel suave encens flotte autour des

branches; mais, dans l'obscurité embaumée, je devine

chaque délice dont ce mois de la saison heureuse enrichit l'herbe, les halliers et les sauvageons; l'aubépine blanche et la pastorale églantine, la violette éphémère enfouie sous les feuilles; et cette première née du cœur de Mai, la rose-moussue, débordante de rosée enivrante, asile des abeilles bourdonnantes dans les

soirs d'été.

J'écoute dans la nuit; et maintes fois j'ai été presque amoureux de la Mort

pacifiante, et lui ai donné de doux noms en maints vers

pensifs, et la priais de prendre mon souffle suprême

dans l'air paisible.

Maintenant plus que jamais il me semble

délicieux de mourir, de m'éteindre insensiblement à minuit, sans

souffrance,

Odb to a Nigh tjngai.k

While thou art pouring forth thv soûl

abroad In such an testas Still wouldst thou sing. and I hâve ears in vain — To thv high requiem hecome a sod.

Thou wast not born for death, immortal Bird !

No hungrv générations tread thee down : The voice I hear this passing night was heard

In ancient days bv emperor and clown : Perhaps the self-same song that found a path Through the sad heart of Ruth, when. sick for home,

She stood in tears amid the alien corn : The same that oft-times hath

Charm'd magie casements, opening on the

Of perilous seas, in faerv lands forlorn.

Ode au Rossignol

pendant que tu répands ton âme par tout

l'espace dans une telle extase !

Tu continuerais à chanter, et vainement pour

mes oreilles, retentirait ton noble requiem : je ne serais plus qu'un peu de terre.

Tu ires pas né pour la mort, immortel oiseau 1 les générations affamées ne peuvent te fouler

aux pieds; la voix que j'entends dans cette nuit

éphémère fut entendue dans les jours antiques par

l'empereur et le manant :

Peut-être est-ce là le chant qui descendit

jusqu'au triste cœur de Ruth regrettant sa patrie, quand elle se tenait en larmes parmi les

gerbes étrangères; Celui-là même qui souvent enchanta des fenêtres magiques s'ouvrant sur l'écume de mers périlleuses, dans de féeriques terres délaissées.

Ol>E TO A NlGHTINGALE

Forlon! the very word is like a bell To toll me back from thee to my sole self! Adieu ! the fancy cannot cheat so well

As she is fam'd to do, deceiving elf.

Adieu ! adieu ! thy plaintive anthem fades Past the near meadows, over the still stream, Up the hill-side; and now 'tis buried deep In the next valley-glades :

Was it a vision, or a waking dream?

Fled is that music : — Do I wake or sleep?

Ode au Rossignol

Délaissées! ce mot sonne comme un glas qui tinte pour me rappeler de toi à

moi-même.

Adieu! l'imagination est moins puissante

pour nous leurrer qu'on ne le dit, fée trompeuse !

Adieu ! adieu ! ton antienne plaintive va

s'évanouissant, traverse les prairies, le ruisseau silencieux, remonte la colline, s'enfonce dans les

profondeurs des clairières de la vallée voisine :

Etait-ce une vision ou un songe de mes

yeux ouverts?

Cette musique est envolée : — Je viens

de m'éveiller? ou de nr endormir?

Ode on a Grecian Uni

Thou still unravishM bride of quietness,

Thou foster-child of silence and slow time. Svlvan historian, who canst thus express A flowerv taie more sweetly than our rhyme :

What leaf-fring'd legend haunts about thv shape, Of deities or mortals, or of both,

In Tempe or the dales of Arcady?

What men or gods are thèse- What maidens loth?

What mad pursuit? What struggle to escape? What pipes and timbrels? What wild ecstasv?

Ode à l'Urne Grecque

O ! fiancée encore inviolée du repos, O ! enfant chérie du silence et des lentes années, Svlvestre conteuse qui sais ainsi dérouler un récit paré de fleurs plus suavement

que nos poèmes :

Quelle légende frangée de feuilles de divinités

ou de mortels, peut-être des deux, mystérieusement s'évoque sur tes flancs, dans les vallées de Tempe ou de PArcadie? Quels sont ces dieux ou ces hommes? Ces

vierges farouches?

Ces folles poursuites? Ces luttes pour

s'échapper?

Quels sont ces pipeaux? ces cymbales? ces

extases éperdues?

Ode on a Grecian Urn

Heard mélodies are sweet, but those unheard

Are sweeter; therefore, ve soft pipes, play on; Not 10 the sensual ear, but, more endear'd,

Pipe lo the spirit ditties of no lone : Fair youth, beneath the trees, thou canst not leave Thy song. nor ever can those trees be bare ; Bold Lover, never, never canst thou kiss, Though winning near the goal — yet, do not grieve ; She cannot fade, though thou hast not thv bliss, For ever wiit thou love, and she be fair!

Ah. happv, happy boughs! that cannot shed Your leaves, nor ever bid the Spring adieu;

— ib -

Ode a l'Urne Grecque

Les mélodies que l'on entend sont douces,

mais celles que l'on n'entend pas sont plus douces encore : aussi, tendres

pipeaux, jouez toujours, non pas à l'oreille sensuelle, mais plus

séduisants encore, modulez pour l'esprit des chants silencieux : bel adolescent, à l'ombre de ces arbres, tu ne

pourras cesser ta chanson, et ces arbres jamais ne seront dépouillés de

leurs feuilles :

amant hardi, jamais, jamais tu ne donneras

ce baiser quoique si près de triompher; mais, ne

t'afflige pas; elle ne saurait se flétrir, bien que tu ne

goûtes pas toute ta joie; tu aimeras à jamais, et à jamais elle sera belle!

Heureux, heureux ombrages, qui ne pourrez

jamais perdre vos feuilles, et ne direz jamais au Printemps adieu!

Ul»e un a Greci an Ifn

And. happv melodist. unwearied, For ever piping songs for ever new :

More happv love! more happy. happy love! For ever warm and still to be enjoy'd.

For ever panting, and for ever young: Ail hreathing human passion far above.

That leaves a hear high-sorrowful and cloy'd, A burning forehead. and a parching tongue.

Who are thèse coming to the sacrifice?

To what green altar. O mysterious priest. Lead'st thou that heifer lowing at the skies.

And ail her silken flanks with garlands drest: What little town bv river or sea shore.

Or mountain-built with peaceful citadel.

Is emptied of this folk, this pious morn? And. little town. thv streets for evermore

— ifl -

Ode a l'Urne Grecque

Et, heureux musicien qui, sans lassitude modules à jamais des chants toujours

nouveaux !

Et amour plus heureux encore, mille fois,

mille fois plus heureux amour!

toujours brûlant de désir et à jamais inassouvi, toujours palpitant et toujours jeune, bien au-dessus de toute vivante passion

humaine, qui nous laisse le cœur meurtri et plein

de satiété, le front brûlé de fièvre et les lèvres

desséchées.

Quels sont ceux-ci qui viennent au sacrifice? A quel autel verdoyant, ô prêtre mystérieux, mènes-tu cette génisse qui mugit aux cieux et ses flancs soyeux tout parés de guirlandes! Quelle petite cité près d'une rivière ou de

la mer, ou bâtie sur la montagne, autour de son

acropole paisible, s'est vidée de ce peuple, par cette sainte

matinée?

Et petite cité, tes rues pour toujours

ON A Gl \N UfN

Will silent be: and not a soûl to tell

Whv thou art desolate. can e'er return,

0 Attic shape! Fair attitude! with brede

Off marble men and maidens overwrought, With forest branches and the trodden weed : Thou. silent for m, dost tease us out thought As doth eternitv : Cold Pastoral!

N-Yhen old âge shall this génération waste, Thou shah remain, in midst of other woe Than ours, a friend to man. to whom thou sav'st.

" Beauty is truth. truth beautv." — that

is ail Ve know on earth. and ail ve need to know.

Ode a l'Urne Grecque

resteront silencieuses, et pas une âme, pour dire pourquoi tu es déserte, ne reviendra jamais.

O forme attique! Contours charmants! où

s'enroulent des formes d'hommes et de vierges de

marbre mêlées aux ramures de la forêt, et aux

herbes foulées! Ô forme silencieuse! toi dont l'énigme

lasse la pensée comme fait l'Éternité; Froide Pastorale!

quand la vieillesse consumera cette

génération, tu seras là, parmi d'autres douleurs que

les nôtres, une amie pour l'homme, à qui tu dis : i La Beauté est Vérité, la Vérité Beauté » —

c'est tout ce que vous savez sur terre — et c'est tout ce qu'il faut savoir!

Ode to Psvchc

0 ibesi iineleas numb,

.cm and remembi

mto th. i r :

tara iid I se<

1 ^ k ghtlessly,

v t sudd< - surprise

s de b] es «D ssouh h ère

Ode à Psyché

O déesse, daigne écouter ces chants sans

beauté qu'une douce contrainte et un souvenir ému

m'ont arrachés, et pardonne que ton secret soit murmuré, même à la tendre coquille de ton oreille. N'aurais-je pas rêvé aujourd'hui, ou ai-je

bien vu, de mes veux ouverts, la Psvché ailée?

J'errais distraitement à travers la forêt, et soudain, défaillant de surprise, je vis deux êtres radieux, allongés côte à côte dans l'herbe profonde, sous la voûte

chuchotante des feuilles et des floraisons tremblantes, près d'un ruisseau visible à peine :

Ode to Psyché

'Mid hushM, cool-rooted flowcrs, fragrantey'd, Blue, silver-white, and budded Tvrian, They lay calm-breathing, on the bedded grass; Their arms embraced, and their pinions

too; Their lips touch'd not, but had not bade adieu, As if disjoined by soft-handed slumber, And readv still past kisses to outnumber At tender eye-dawn of aurorean love :

The winged boy I knew; But who wast thou, O happy, happy dove? His Psyché true!

O latest born and loveliest vision far Of ail Olympus' faded hierarchy!

Ode a Psyché

parmi le silence des fleurs aux racines

fraîches, sous le regard des corolles

embaumées des fleurs d'azur, d'argent, de pourpre

tyrienne épanouie, la respiration égale, ils reposaient sur la

couche de gazon foulé, les bras enlacés et les ailes confondues; leurs lèvres ne se touchaient pas, mais ne

s'étaient pas dit adieu, disjointes seulement par la main légère du

sommeil, et prêtes encore à surpasser le nombre des

baisers échangés dès le premier et tendre clignement d'œil

de l'aube amoureuse :

l'adolescent ailé m'était connu ; mais toi, qui étais-tu, heureuse, heureuse

colombe ?

Sa fidèle Psvché !

O dernière née, et cependant vision la plus

radieuse de toutes les hiérarchies disparues de

l'Olympe!

Ode to Psyché

Fairer than Phœbe's sapphire-region'd star. Or Yesper, amorous glow-worm of the skv ; Fairer than thèse, though temple thou hast none,

Nor altar heap'd with flowers; Nor virgin-choir to make delicious moan

l'pon the midnight hours; No voice, no lute, nos pipe, no incense sweet From chain-swung censer teeming; N i shrine. no grove. no oracle, no heat Of pale-mouth*d prophet dreaming.

O brightest! though too late for antique vows,

Too, too late for the fond believing lyre. When holv were the haunted forest boughs.

Holv the air, the water, and the fire; ^"et even in thèse davs so far retir'd

Ode a Psyché

Plus belle que l'astre de Phœbé entouré de

ses saphirs, que l'amoureuse lueur phosphorescente de

Vesper dans les cieux, plus belle que tous, quoique tu n'aies point

de temple, ni d'autel chargé de fleurs, ni de choeur de vierges qui répande ses

plaintes délicieuses pendant les heures nocturnes, ni voix, ni luth, ni flûte, ni suave encens. montant en tourbillon des encensoirs

balancés; ni châsse, ni bosquet sacré, ni oracle, ni la

ferveur d'un prophète aux lèvres pâles d'extase.

O resplendissante! née trop tard pour

connaître un culte antique, trop tard pour les chants de la tendre lyre

crédule, des jours où les branches des forêts hantées

de présences divines étaient sacrées, sacrés aussi l'air, l'eau et le feu; cependant, même dans nos jours si éloignés

Ode to Psyché

From happy pieties, thv lucent fans,

Fluttering among the faint Olvmpians, I see, and sing, by my own eyes inspir'd. So let me be thy choir, and make a moan

Upon the midnight hours; Thy voice, thv lute. thv pipe, thv incense sweet

From swinged censer teeming; Thy shrine, thv grove, thv oracle, thv heat

Of pale-mouth'd prophet dreaming.

Yes. I will be thv priest, and build a fane In some untrodden région of mv mind, Where branched thoughts, new grown with pleasant pain, Instead of pines shall murmur in the wind :

Far. far around shall those dark-cluster'd trees

Ode a Psyché

de ces piétés heureuses, je vois palpiter tes

ailes de lumière, parmi les pâles ombres olympiennes; je vois et je chante, inspiré par la vision

de mes veux.

Et c'est pourquoi je veux être pour toi le

chœur qui gémit pendant les heures nocturnes, la voix, le luth, la flûte, le tourbillon des

encens suaves balancés par la chaîne des encensoirs; la châsse, le bosquet sacré, l'oracle, la

ferveur d'un prophète aux lèvres pâles d'extase.

Oui, je veux desservir tes autels, et je

t'élèverai un temple dans un domaine inviolé de mon esprit, où des pensées inconnues grandiront, jaillies

d'une douleur délicieuse, et leurs ramures remplaceront le murmure des

pins dans le vent; les sombres masses serrées de ces futaies revêtiront jusqu'à l'horizon de kurs toisons

profondes

Ode to Psyché

Fledge thc wild-ridged mountains steep bv steep; And there by zéphyrs, streams. and birds, and bées, The moss-lain Dryads shall be lull'd to sleep ; And in the midst of this wide quietness A rosv sanctuarv will I dress With the wreath'd trellis of a working brain, With buds, and bells, and stars without a name.

With ail the gardener Fancy e'er could feign. Who breeding flowers, will never breed the same :

And there shall be for thee ail soft delight

That shadowy thought can win, A bright torch, and a casement ope at night, To let the warm Love in!

Ode a Psyché

les arêtes sauvages et graviront les pentes

étagées de ces monts; et c'est là que les zéphirs, les ondes, les

oiseaux et les abeilles berceront dans les mousses le sommeil des

Dryades.

Et au centre de ce vaste silence je t'élèverai un sanctuaire paré de roses, fait du treillis entrelacé de mes pensées

incessantes, de bourgeons, de cloches et d'étoiles

inconnues, et de tout ce que la Fantaisie put jamais

trouver, jardinier qui fait naître d'innombrables fleurs

toujours nouvelles!

Et là t'attendront les plus suaves délices que la pensée féconde en rêves puisse

réunir, une torche étincelante, une fenêtre ouverte

sur la nuit pour te laisser entrer, ô brûlant amour!

To Autumn

Season of mists and mellow fruitfulness,

Close bosom-friend of the maturing sun ; Conspiring with h'im how to load and bless With fruit the vines that round the thatch-eves run ; To bend with apples the moss'd cottage-

trees, And fill ail fruit with ripeness to the core; To swell the gourd, and plump the hazel shells With a sweet kernel; to set budding more, And still more, later flowers for the bées, Until thev think warm days will never cease.

A l'Automne

Saison des brumes et de la fécondité dorée, inséparable compagne du soleil qui fait mûrir, qui complotes avec lui, comment bénir, en

les chargeant de fruits, les treilles qui s'enroulent autour

des toits de chaume; comment faire ployer sous les pommes les

arbres moussus des fermes et faire pénétrer la maturité jusqu'au cœur

des fruits; comment gonfler les courges et arrondir d'une amande savoureuse la coque des

noisettes; comment faire éclore encore et toujours de tardives rieurs pour

les abeilles, si bien qu'elles croient éternelles les

chaudes journées,

To AU TU M N

For Summer has o'er-brimmM their clammy cells.

Who hath not seen thee oft amid thy store? Sometimes whoever seeks abroad may find Thee sitting careless on a granary floor, Thy hair soft-lifted bv the winnowing wind; Or on a half-reap'd furrow sound asleep, Drows'd with the fume of poppies, while thy hook Spares the next swath and ail its twined flowers :

And sometimes like a gleaner thou dost keep Steady thy laden head across a brook; Or by a cyder-press, with patient look, Thou watchest the last oozings hours by hours.

A l'Automne

car l'Eté a déjà fait déborder leurs alvéoles sirupeuses?

Qui ne t'a rencontrée maintes fois, parmi tes

richesses?

Parfois celui qui va te cherchant te trouvera nonchalamment assise sur l'aire d'un grenier; la chevelure doucement soulevée par le

souffle du vannage, ou profondément endormie sur le sillon à

demi moissonné, assoupie par les fumées des pavots, tandis

que ta faucille épargne l'andain le plus proche, et toutes ses

fleurs enlacées :

et quelquefois, telle une glaneuse portant droite la tête chargée de gerbes, tu

franchis un ruisseau ; ou, près d'un pressoir à cidre, tes veux

patients regardent suinter les dernières gouttes,

pendant des heures.

To AUTUMN

Where are the songs of Spring? Ay, where are they?

Think not of them. thou hast thy music too. — While barred clouds bloom the soft-dying day.

And touch the stubble-plains with rosy hi:

Then in a wailful choir the small gnats mourn Among the river sallows, borne aloft

Or sinking as thelight wind livesordies; And full-grown lambs loud bleat from hilly bourn :

Hedge-crickets sing; and now with treble >ft The red-breast whistles from a garden-croft; And gathering swallows twitter in the skies.

A l'Automne

Où sont les chants du Printemps? Oui, où

sont-ils?

N'y songe point, tu as aussi tes harmonies, — pendant que les nuages rayés fleurissent de

rose le jour qui mollement s'éteint, et teintent de vermeil les plaines de chaume, alors, le cœur plaintif des éphémères

se lamente, parmi les saules de la rivière, s'élevant, ou retombant, suivant que le vent léger vit

ou meurt :

et du ruisseau de la colline viennent les

bêlements sonores des agneaux déjà grands : le grillon des haies chante; et voici qu'en

trilles mélodieux le rouge-gorge siffle d'un enclos, et des bandes d'hirondelles s'appellent dans

les cieux.

Ode on Melancholy

No, no, go not to Lethe, ncither twist Wolf's-bane, tight-rooted, for its poisonous wine ; Nor surfer thv pale forehead to be kiss'd Bv nightshade, ruby grape of Proserpine; Make not vour rosary of yew-berries, Nor let the beetle, nor the death-moth be Your mournful Psyché, nor the downy owl A partner in your sorrow's mysteries; For shade to shade will corne too drowsily. And drown the wakeful anguish of the soûl,

Ode à la Mélancolie

Non, non, ne goûte pas au Léthé, et ne

presse pas le vin vénéneux des racines serrées de

l'aconit; ne soutire pas que la belladone baise ton

front pâle de ses grappes rutilantes chères à Proserpine; ne fais pas ton rosaire des baies de l'if, et ne laisse pas le scarabée ni le sombre

papillon de nuit devenir pour toi ta triste Psvché, ni le

hibou dans ses plumes moelleuses partager avec toi les mystères de ta douleur, car l'ombre sur l'ombre est trop assoupissante, et noiera dans ton âme l'angoisse qui veille.

Ol»K on Melancholy

But when the melancholy fit shall fall

Sudden from heaven like a weeping cloud,

That fosters the droop-headed flowers ail.

And hides the green hill in an April

shroud ;

Then glut thv sorrow on a morning rose,

Or on the rainbow of the sait sand-wave.

Or on the wealth of globed peonies;

Or if thv mistress some rich anger shows.

Emprison her soft hand, and let her rave,

And feed deep, deep upon her erless peyes.

Ode a la Mélancolie

Mais quand l'accès de ta mélancolie tombera

sur toi brusquement, comme du ciel les pleurs d'un

nuage, qui tendrement relèvent la tête penchée des

fleurs, et voilent la colline verte sous un linceul

d'Avril; alors, assouvis ta douleur de la beauté

d'une rose matinale, du miroitement de la vague sur la grève, de la splendeur des pivoines rayonnantes. Ou, si ta maîtresse montre quelque

délicieuse colère, emprisonne sa main, et laisse-la

délirer et repais-toi, repais-toi de ses yeux

incomparables.

Ode on Melancholy

She dwells with Beautv — Beauty that must die;

And Jov. whose hand is ever at his lips Bidding adieu: and aching Pleasure nigh. Turning to poison while the bee-mouth sips :

Av. in the verv temple o£ Delight

Veil'd Melancholv has her sovran shrine.

Though seen of none save him whose

strenuous tongue

Can burst Jov*s grape against his palate

hne:

His soûl shall taste the sadness of her might.

And be among her cloudy trophies bung.

Ode a la Mélancolie

La mélancolie est la compagne de la Beauté !

de la Beauté qui doit mourir; et de la Joie, dont la main est toujours à

ses lèvres, prête à nous jeter le baiser d'adieu; et du

Plaisir si près de la douleur qui change en poison le miel que cueille

la bouche avide.

Oui, dans le temple même du Bonheur, la Mélancolie voilée a son autel souverain invisible à tous, sauf à celui dont l'étreinte

ardente a desséché la grappe de la joie; son âme savourera la tristesse de sa

puissance et sera suspendue parmi ses trophées

nuageux.

Ode to Maia

Mother of Hermès! and still vouthful Maia!

May I sing to thee As thou wast hymned on the shores of Baiae?

• Or mav I woo thee In earlier Sicilian? or thy smiles Seek as thev once were sought, in Grecian

isles, By bards who died content on pleasant sward,

Leaving great verse unto a little clan? O, give me their old vigour, and the span

Of heaven and few ears, Rounded by thee, mv song should die away

Content as theirs, Rich in the simple worship of a day.

Ode à Maia

Mère d'Hermès! et cependant si jeune Maia! Me permettras-tu de t'adresser des chants pareils aux hymnes que tu entendais à Baies?

ou te courtiserai-je dans tes antiques accents siciliens? ou

rechercherai-je tes sourires, comme ils furent recherchés, dans les îles de

la Grèce, par les bardes, qui moururent heureux, sur

Therbe bonne laissant des poèmes puissants à quelque

faible tribu?

O donne-moi leur ancienne vigueur, le libre ciel ouvert, et quelques oreilles pour

m'entendre, inspirés par toi mes chants mourront comme

les leurs, comblés d'avoir mérité la naïve adoration

d'un seul iour.

La Belle Dame sans Merci

Ah, what can ail thee, wretched wight,

Alone and palely loitering; The sedge is witherd from the lake,

And no birds sing.

Ah, what can ail thec, wretched wight, So haggard and so woe-begone?

The squirrel's granary is fulK And the harvest's done.

I see a lily on thy brow.

With anguish moist and fever dew; And on thv cheek a fading rose

Fast withereth too.

La Belle Dame sans Merci

Oh! de quoi souffres-tu malheureux,

Errant solitaire et pâle?

Les joncs de l'étang sont flétris,

Et aucun oiseau ne chante.

Oh! de quoi te plains-tu malheureux,

Si hagard et si accablé?

Le grenier de l'écureuil est plein,

Et la moisson est rentrée.

Je vois un lis à ton front

Moite d'une rosée d'angoisse et de lièvre, Et, sur ta joue, une rose mi-flétrie

Achève de mourir.

La Belle Dame sans Merci

I met a lady in the meads Full beautiful, a faery's child;

Her hair was long, her foot was light, And her eves were wild.

I set her on my pacing steed,

And nothing else saw ail day long;

For sidewavs would she lean, and sing A faerv's song.

I made a garland for her head, And bracelets too, and fragrant zone;

She look'd at me as she did love, And made sweet moan.

She found me roots of relish sweet, And honey wild, and manna dew;

And sure in language strange she said, I love thee true.

La Belle Dame sans Merci

Je vis une Dame par la prairie, Elle était belle — une tille des fées,

Ses cheveux étaient longs, ses pas légers, Et ses veux étaient fous.

Je la mis sur mon coursier paisible, Et ne vis qu'elle tout le long du jour,

Car elle se penchait sans cesse de côté, et disait Un refrain enchanté.

Je tressai une couronne pour ses cheveux, Et des bracelets, et une ceinture embaumée;

Elle me regarda comme si elle m'aimait, Et fit entendre une très douce plainte.

Elle me découvrit des racines savoureuses Et du miel sauvage, et de la rosée de manne,

Et sûrement son étrange langage Disait : « Je t'aime fidèlement. »

La Belle Dame sans Mebci

She took me to her elfin grot.

And there she gaz'd and sighed deep, And there I shut her wild sad eyes —

So kiss'd to sleep.

And there we slumberd. on the m- And there I dream'd. ah woe betide,

The latest dream I ever dream'd On the cold hill side.

I saw pale kings. and princes too, Pale warriors, death-pale were thev ail :

Who cry'd — '' La belle dame sans merci Hath thee in thrall ! "

I saw their starv'd lips in the gloom With horrid warning gaped widc,

And I awoke. and found me hère On the cold hill side.

La Belle Dame sans Merci

Elle m'amena dans sa grotte féerique,

Et là me regarda en soupirant, Et là je baisai ses yeux fous et tristes,

Jusqu'au sommeil.

Et là nous sommeillâmes sur les mousses, Et là je rêvai. - Oh! malheur à moi,

Le dernier rêve que je rêvai Sur le flanc de la froide colline.

Je vis des rois pâles, et des princes pâles, Des guerriers pâles, tous pâles comme la mort;

- Ils me criaient : « La Belle Dame sans merci T'a pris dans ses rets. »

Je vis dans l'ombre leurs lèvres décharnées Ouvertes dans un affreux avertissement;

Je m'éveillai et me trouvai ici Sur le flanc de la froide colline.

La Belle Dame sans Merci

And this is why I sojourn hère

Alone and palely loitering, Though the sedge is wither'd from the lake,

And no birds sing.

La Belle Dame sans Merci

Et c'est pourquoi je languis ici

Errant solitaire et pâle, Bien que les joncs de l'étang soient flétris

Et qu'aucun oiseau ne chante.

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