FRAGMENTS DE HYPERION QUELQUES SONNETS
HYPERION Book I.
Deep in the shady sadness of a vale Far sunken from the healthv breath of morn. Far from the rierv noon, and eve's one star. Sat gray-hair"d Saturn. quiet as a stonc, Still as the sileace round about his lair: Forest on forest hung about his head Like cloud on cloud. No stir of air was there Not so much life as on a summcr's day Robs not one light seed from the feather'd grass.
Hyperion
Tout au fond de l'ombreuse tristesse d'une
vallée, loin du souffle vivifiant du matin, loin du midi brûlant et de l'étoile unique
du soir, Saturne aux cheveux gris était assis, immobile
comme une pierre, muet comme le silence environnant son
repaire.
Autour de sa tête, les forêts s'étageaient sur
les forêts comme des nuées sur des nuées.
Aucun mouvement dans l'air; — moins de souffle encore, qu'il n'en faut un
jour d'été pour dérober la plus légère graine aux
graminées,
Hyperion
But where the dead leaf fcll, there did
it rest.
A stream went voiceless hv. still deadened
more By reason of his fallen divinity Spreading a shade : the Naiad 'mid her reeds Press'd her cold finger closer to her lips.
Along the margind-sand large foot-marks went, No further than to where his feet had strav'd, And slept thcre since. Upon the soddcn
ground His old right hand lay nerveless, listless,
dead, l nsceptrcd; and his realmless eves were
closed; While his bow'd head seem'd list'ning to the
Earth, His ancient mother, for some comfort vct.
It seem'd no force could wake him from his place; But there came one, who with a kindred hand
HVPERION
mais là, où la feuille morte tombait, elle
reposait.
Un ruisseau coulait sans voix, amorti encore
davantage par L'ombre de sa divinité déchue.
La Naïade parmi ses joncs pressait plus étroitement ses lèvres d'un
doigt glacé.
Le long du bord sablonneux de larges
empreintes cessaient là où les pieds du dieu s'étaient
arrêtés pour ne plus bouger ensuite. Sur le sol
détrempé sa droite vénérable reposait sans force,
indifférente, morte, sans sceptre; et ses veux sans empire
étaient clos.
Sa tête penchée semblait écouter la Terre, son antique mère, pour qu'elle le consolât
encore.
Il semblait qu'aucune force ne pourrait
réveiller; mais il vint quelqu'un qui, d'une main
familière,
though to onc ■-..
h not.
Bv her in stature r.
ta'en
ailles bv the hair and bc Or with a finr Her face was large as that of Mem
sphinx.
PedestaTd haply in t
But oh ! ho w unlike marbl e H -.-■•':■.:-..:';.::' s . rr ■":..::. : rr.a»ie Sorrow more beautifùl tl There was a listening feaa
— ioe
Hyperion
toucha ses larges épaules, après s'être incliné profondément avec vénération, bien qu'il ne
le vit pas.
C'était une déesse de l'enfance du monde; auprès d'elle la stature de l'amazone eût paru celle d'an pygmée — elle aurait pris Achille par les cheveux et lui aurait courbé
la nuque, ou d'un doigt arrêté la roue d'Ixion.
Sa face était large comme celle du sphynx
Thébain trônant autrefois dans la cour de quelque
palais quand les sages demandaient leur science à
Égvpte.
Mais combien peu semblable au marbre était
sa figure et combien belle, si sa souffrance n'avait pas
rendu la Souffrance plus belle encore que la Beauté. Il y avait une attente et une terreur dans son
regard, comme si le malheur commençait seulement *et que les nuages avant-coureurs des mauvais jours
Hyperiom
Had spent their malice, and the sullen rear Was with its stored thunder labouring up. One hand she press'd upon that aching spot Where beats the human heart, as if just there, Though an immortal, she felt cruel pain : The other upon Saturn'n bended neck She laid, and to the level of his ear Leaning with parted lips. some words she
spake In solemn tenour and deep organ tone : Some mourning words, which in our feeble
tongue Would corne in thèse like accenst; O how frail To that large utterance of the early Gods! « Saturn, look up! — though wherefore, poor
old King?
• I hâve no comfort for thee, no not one : a I cannot sav, kO wherefore sleepest thou" « For heaven is parted from thee, and the
earth i Knows thee not, thus afflicted, for a God;
Hyperion
avaient épuisé leur rage — et qu'enfin l'armée
morose qui le suivait, avançait, toute chargée de
tonnerre.
Elle posa une main là où souffre le cœur humain, comme si là elle sentait, quoique immortelle, une cruelle douleur : l'autre était appuyée sur le cou penché de
Saturne; courbée à la hauteur de son oreille, elle murmura quelques paroles pareilles dans leur solennité à la voix
profonde des orgues :
quelques mélancoliques paroles qui, dans
notre propre langue, se peuvent traduire en ces mots, impuissants
balbutiements, auprès des accents fabuleux des premiers dieux? — « Saturne, lève la tête! Mais pourquoi,
pauvre vieux roi déchu?
Je ne t'apporte aucun réconfort; non, aucun. Je ne puis te dire : Pourquoi dors-tu? Car le ciel ne t'appartient plus, et la terre ne reconnaît plus un dieu, dans cette
affliction.
Hyperion
■ And océan loo, with ail its solemn noise,
" Has from thv sceptre pass'd; and ail the air
[s emptied of thine hnarv majestv.
" Thv thunder, conscious of the new
command.
« Rumbles reluctant o'er our fallen house;
And thv sharp lightning in unpractis'd hands
>corches and hurns our once serene domain. « O aching time! O moments hig as vears!
AU as ve pass swell out the monstrous truth, « And press it so upon our weary griefs 8 That unbelief has not a space to breathe. o Saturn, sleep on : — O thoughtless, whv did I
« Thus violate thv slumbrous solitude?
W\\\ should I ope thv melancholv eves?
« Saturn, sleep on! while at thv feet I weep. »
As when, upon a tranced summer-night, Those green-rob'd senators of mightv woods, Jaleoaks. branch-charmed bv the earnest stars,
Hyperion
Et l'océan également, avec ses rumeurs
solennelles a passé hors de ta loi, et ta Majesté vénérable ne
remplit plus l'étendue vide.
Le tonnerre conscient d'un ordre nouveau roule à contre-cœur, sur notre maison déchue, et l'éclair rapide en des mains inhabiles dévaste et brûle notre domaine autrefois
serein.
O douloureuse époque! ô instants chargés
comme des ans!
Vous vous succédez tous, en grossissant la
vérité monstrueuse et en écrasez si bien notre douleur accablée, que l'espérance ne peut reprendre haleine. Saturne, dors toujours : — ô inconsciente!
pourquoi ai-je ainsi troublé ta solitude et ton sommeil?
Pourquoi ai-je ouvert tes veux mélancoliques? Saturne, dors, pendant qu'à tes pieds je pleure.
Ainsi que dans l'extase d'une nuit d'été, lorsque, verts sénateurs des vastes bois, les grands chênes aux branches enchantées par les étoiles .
Hyperion
Dream, and su dream ail nighl without a stir. Save from one graduai solitary gusi Which eûmes upon the silence, and dies off, As if the ebbing air had but une wave; S<> came thèse words and went: the while
in tears Shc touch'd her fair large forehead to the
ground.
Just where her falling hair mightbe
outspread A soft and silken mat for Saturn?s feet. One moon. with altération slow, had shed Her silver seasons four upon the night. And still thèse two were postured motionless, Like natural sculpture in cathedral cavern ; The frozen God still couchant on the earth. And the sad Goddess weeping at his feet : Until al length old Saturn lifted up His faded eves. and saw his kingdom gone, And ail the gloom and sorrow of the place. And that fair kneeling Goddess.
Hyperion
rêvent et rêveront toute la nuit sans remuer, sauf sous un souffle unique qui, graduellement,
s'enfle, survient dans le silence, et meurt au loin, comme si l'océan de l'air s'épuisait en une
vague :
ainsi, ces paroles se répandirent, puis
s'éteignirent; cependant, toute en pleurs, elle touchait le sol de son beau front puissant,
et, sur les pieds de Saturne.
ses cheveux épars s'élargissaient en un doux
tapis de soie.
La lune aux lents changements avait versé sur la nuit la douceur argentée de quatre
saisons, et cependant le couple était resté immuable, tels les groupes sculptés par la nature dans
les cathédrales des grottes; le dieu glacé, toujours étendu sur le sol, et la triste déesse en larmes à ses pieds. Cependant, à la fin. le vieux Saturne leva ses veux fanés et vit que son royaume
n'était plus, et toute l'obscurité, et la douleur de ces lieux, et cette belle déesse agenouillée.
Sonnet
To one who has been long in citv pent, Tis verv sweet to look into the fair And open face of heaven, — to breathe a praver
Full in the smile of the blue firmament.
Who is more happv. when with heart's content, Fatigued he sinks into some pleasant lair Of wavy grass, and reads a debonair
And gentle taie of love and languishment?
Returning home at evening, with an ear Catching the notes of Philomel, — an eve
Watching the sailing cloudlets bright career, He mourns that dav so soon has glided bv :
K'cn like the passage of an angel's tear That faits through the clear cther silentlv.
Sonnet
A celui qui longtemps fut emprisonné dans
la ville, il est bien doux de regarder la libre étendue du ciel ouvert. — de murmurer une prière au sourire large du bleu firmament.
Quel plus grand bonheur, pour celui-là.
que de se laisser choir, fatigué, dans une
plaisante couche d'herbes onduleuses. et de lire, le cœur
joveux.
une paisible et douce histoire, d'amour et
de peines d'amour. — Et de rentrer le soir, l'oreille attentive aux plaintes de Philomèle, — les yeux fixés sur le passage brillant d'un étincelant nuage. Il se lamente qu'un jour pareil ait pu si vite
passer :
passer, comme tombe à travers le clair éther une larme d'ange, silencieusement.
On first looking
into Chapman's Homer
Much hâve I travell'd in the realms of gold,
And many gooldlv states and kingdoms seen ;
Round many western islands hâve I been Which bards in fealty to Apollo hold.
Oft of one wide expanse had I been told
That deep-brow'd Homer rul'd as his demesne;
Yet did I never breathe its pure serene Till I heard Chapman speak out loud and bold : Then felt I like some watcher of the skies
When a new planet swims into his ken; Or like stout Cortez when with eagle eyes
He star'd at the Pacific — and ail his men Look'd at each other with a wild surmise —
Silent, upon a peak in Darien.
En ouvrant Homère