‹ Poésies de John KeatsChapitre 19 sur 21 · FRAGMENTS DE HYPERION QUELQUES SONNETS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DE HYPERION QUELQUES SONNETS

HYPERION Book I.

Deep in the shady sadness of a vale Far sunken from the healthv breath of morn. Far from the rierv noon, and eve's one star. Sat gray-hair"d Saturn. quiet as a stonc, Still as the sileace round about his lair: Forest on forest hung about his head Like cloud on cloud. No stir of air was there Not so much life as on a summcr's day Robs not one light seed from the feather'd grass.

Hyperion

Tout au fond de l'ombreuse tristesse d'une

vallée, loin du souffle vivifiant du matin, loin du midi brûlant et de l'étoile unique

du soir, Saturne aux cheveux gris était assis, immobile

comme une pierre, muet comme le silence environnant son

repaire.

Autour de sa tête, les forêts s'étageaient sur

les forêts comme des nuées sur des nuées.

Aucun mouvement dans l'air; — moins de souffle encore, qu'il n'en faut un

jour d'été pour dérober la plus légère graine aux

graminées,

Hyperion

But where the dead leaf fcll, there did

it rest.

A stream went voiceless hv. still deadened

more By reason of his fallen divinity Spreading a shade : the Naiad 'mid her reeds Press'd her cold finger closer to her lips.

Along the margind-sand large foot-marks went, No further than to where his feet had strav'd, And slept thcre since. Upon the soddcn

ground His old right hand lay nerveless, listless,

dead, l nsceptrcd; and his realmless eves were

closed; While his bow'd head seem'd list'ning to the

Earth, His ancient mother, for some comfort vct.

It seem'd no force could wake him from his place; But there came one, who with a kindred hand

HVPERION

mais là, où la feuille morte tombait, elle

reposait.

Un ruisseau coulait sans voix, amorti encore

davantage par L'ombre de sa divinité déchue.

La Naïade parmi ses joncs pressait plus étroitement ses lèvres d'un

doigt glacé.

Le long du bord sablonneux de larges

empreintes cessaient là où les pieds du dieu s'étaient

arrêtés pour ne plus bouger ensuite. Sur le sol

détrempé sa droite vénérable reposait sans force,

indifférente, morte, sans sceptre; et ses veux sans empire

étaient clos.

Sa tête penchée semblait écouter la Terre, son antique mère, pour qu'elle le consolât

encore.

Il semblait qu'aucune force ne pourrait

réveiller; mais il vint quelqu'un qui, d'une main

familière,

though to onc ■-..

h not.

Bv her in stature r.

ta'en

ailles bv the hair and bc Or with a finr Her face was large as that of Mem

sphinx.

PedestaTd haply in t

But oh ! ho w unlike marbl e H -.-■•':■.:-..:';.::' s . rr ■":..::. : rr.a»ie Sorrow more beautifùl tl There was a listening feaa

— ioe

Hyperion

toucha ses larges épaules, après s'être incliné profondément avec vénération, bien qu'il ne

le vit pas.

C'était une déesse de l'enfance du monde; auprès d'elle la stature de l'amazone eût paru celle d'an pygmée — elle aurait pris Achille par les cheveux et lui aurait courbé

la nuque, ou d'un doigt arrêté la roue d'Ixion.

Sa face était large comme celle du sphynx

Thébain trônant autrefois dans la cour de quelque

palais quand les sages demandaient leur science à

Égvpte.

Mais combien peu semblable au marbre était

sa figure et combien belle, si sa souffrance n'avait pas

rendu la Souffrance plus belle encore que la Beauté. Il y avait une attente et une terreur dans son

regard, comme si le malheur commençait seulement *et que les nuages avant-coureurs des mauvais jours

Hyperiom

Had spent their malice, and the sullen rear Was with its stored thunder labouring up. One hand she press'd upon that aching spot Where beats the human heart, as if just there, Though an immortal, she felt cruel pain : The other upon Saturn'n bended neck She laid, and to the level of his ear Leaning with parted lips. some words she

spake In solemn tenour and deep organ tone : Some mourning words, which in our feeble

tongue Would corne in thèse like accenst; O how frail To that large utterance of the early Gods! « Saturn, look up! — though wherefore, poor

old King?

• I hâve no comfort for thee, no not one : a I cannot sav, kO wherefore sleepest thou" « For heaven is parted from thee, and the

earth i Knows thee not, thus afflicted, for a God;

Hyperion

avaient épuisé leur rage — et qu'enfin l'armée

morose qui le suivait, avançait, toute chargée de

tonnerre.

Elle posa une main là où souffre le cœur humain, comme si là elle sentait, quoique immortelle, une cruelle douleur : l'autre était appuyée sur le cou penché de

Saturne; courbée à la hauteur de son oreille, elle murmura quelques paroles pareilles dans leur solennité à la voix

profonde des orgues :

quelques mélancoliques paroles qui, dans

notre propre langue, se peuvent traduire en ces mots, impuissants

balbutiements, auprès des accents fabuleux des premiers dieux? — « Saturne, lève la tête! Mais pourquoi,

pauvre vieux roi déchu?

Je ne t'apporte aucun réconfort; non, aucun. Je ne puis te dire : Pourquoi dors-tu? Car le ciel ne t'appartient plus, et la terre ne reconnaît plus un dieu, dans cette

affliction.

Hyperion

■ And océan loo, with ail its solemn noise,

" Has from thv sceptre pass'd; and ail the air

[s emptied of thine hnarv majestv.

" Thv thunder, conscious of the new

command.

« Rumbles reluctant o'er our fallen house;

And thv sharp lightning in unpractis'd hands

>corches and hurns our once serene domain. « O aching time! O moments hig as vears!

AU as ve pass swell out the monstrous truth, « And press it so upon our weary griefs 8 That unbelief has not a space to breathe. o Saturn, sleep on : — O thoughtless, whv did I

« Thus violate thv slumbrous solitude?

W\\\ should I ope thv melancholv eves?

« Saturn, sleep on! while at thv feet I weep. »

As when, upon a tranced summer-night, Those green-rob'd senators of mightv woods, Jaleoaks. branch-charmed bv the earnest stars,

Hyperion

Et l'océan également, avec ses rumeurs

solennelles a passé hors de ta loi, et ta Majesté vénérable ne

remplit plus l'étendue vide.

Le tonnerre conscient d'un ordre nouveau roule à contre-cœur, sur notre maison déchue, et l'éclair rapide en des mains inhabiles dévaste et brûle notre domaine autrefois

serein.

O douloureuse époque! ô instants chargés

comme des ans!

Vous vous succédez tous, en grossissant la

vérité monstrueuse et en écrasez si bien notre douleur accablée, que l'espérance ne peut reprendre haleine. Saturne, dors toujours : — ô inconsciente!

pourquoi ai-je ainsi troublé ta solitude et ton sommeil?

Pourquoi ai-je ouvert tes veux mélancoliques? Saturne, dors, pendant qu'à tes pieds je pleure.

Ainsi que dans l'extase d'une nuit d'été, lorsque, verts sénateurs des vastes bois, les grands chênes aux branches enchantées par les étoiles .

Hyperion

Dream, and su dream ail nighl without a stir. Save from one graduai solitary gusi Which eûmes upon the silence, and dies off, As if the ebbing air had but une wave; S<> came thèse words and went: the while

in tears Shc touch'd her fair large forehead to the

ground.

Just where her falling hair mightbe

outspread A soft and silken mat for Saturn?s feet. One moon. with altération slow, had shed Her silver seasons four upon the night. And still thèse two were postured motionless, Like natural sculpture in cathedral cavern ; The frozen God still couchant on the earth. And the sad Goddess weeping at his feet : Until al length old Saturn lifted up His faded eves. and saw his kingdom gone, And ail the gloom and sorrow of the place. And that fair kneeling Goddess.

Hyperion

rêvent et rêveront toute la nuit sans remuer, sauf sous un souffle unique qui, graduellement,

s'enfle, survient dans le silence, et meurt au loin, comme si l'océan de l'air s'épuisait en une

vague :

ainsi, ces paroles se répandirent, puis

s'éteignirent; cependant, toute en pleurs, elle touchait le sol de son beau front puissant,

et, sur les pieds de Saturne.

ses cheveux épars s'élargissaient en un doux

tapis de soie.

La lune aux lents changements avait versé sur la nuit la douceur argentée de quatre

saisons, et cependant le couple était resté immuable, tels les groupes sculptés par la nature dans

les cathédrales des grottes; le dieu glacé, toujours étendu sur le sol, et la triste déesse en larmes à ses pieds. Cependant, à la fin. le vieux Saturne leva ses veux fanés et vit que son royaume

n'était plus, et toute l'obscurité, et la douleur de ces lieux, et cette belle déesse agenouillée.

Sonnet

To one who has been long in citv pent, Tis verv sweet to look into the fair And open face of heaven, — to breathe a praver

Full in the smile of the blue firmament.

Who is more happv. when with heart's content, Fatigued he sinks into some pleasant lair Of wavy grass, and reads a debonair

And gentle taie of love and languishment?

Returning home at evening, with an ear Catching the notes of Philomel, — an eve

Watching the sailing cloudlets bright career, He mourns that dav so soon has glided bv :

K'cn like the passage of an angel's tear That faits through the clear cther silentlv.

Sonnet

A celui qui longtemps fut emprisonné dans

la ville, il est bien doux de regarder la libre étendue du ciel ouvert. — de murmurer une prière au sourire large du bleu firmament.

Quel plus grand bonheur, pour celui-là.

que de se laisser choir, fatigué, dans une

plaisante couche d'herbes onduleuses. et de lire, le cœur

joveux.

une paisible et douce histoire, d'amour et

de peines d'amour. — Et de rentrer le soir, l'oreille attentive aux plaintes de Philomèle, — les yeux fixés sur le passage brillant d'un étincelant nuage. Il se lamente qu'un jour pareil ait pu si vite

passer :

passer, comme tombe à travers le clair éther une larme d'ange, silencieusement.

On first looking

into Chapman's Homer

Much hâve I travell'd in the realms of gold,

And many gooldlv states and kingdoms seen ;

Round many western islands hâve I been Which bards in fealty to Apollo hold.

Oft of one wide expanse had I been told

That deep-brow'd Homer rul'd as his demesne;

Yet did I never breathe its pure serene Till I heard Chapman speak out loud and bold : Then felt I like some watcher of the skies

When a new planet swims into his ken; Or like stout Cortez when with eagle eyes

He star'd at the Pacific — and ail his men Look'd at each other with a wild surmise —

Silent, upon a peak in Darien.

En ouvrant Homère

Page 1