‹ Poésies de John KeatsChapitre 20 sur 21 · TRADUIT PAR CHAPMAN · texte numérisé non relu

TRADUIT PAR CHAPMAN

Longtemps j'ai parcouru les régions dorées, et j'ai vu bien des états et des empires prospères ; j'ai contourné, dans ma course, mainte île

occidentale, accordée par Apollon aux poètes ses vassaux. Souvent on m'a parlé d'un vaste empire où Homère au front puissant règne sans partage, mais jamais je n'ai respiré la sérénité de son

éther, avant d'avoir entendu retentir la voix hardie

de Chapman.

Alors je me sentis pareil au guetteur du

firmament, lorsqu'à ses yeux surgit une planète nouvelle; ou tel que le vaillant Cortez, quand ses yeux

d'aigle fixaient le Pacifique — entouré de ses hommes qui s'entreregardaient, éperdus de surprise, silencieux, sur un pic du Darien.

On the Grasshopper and Cricket

The poetrv of earth is never dead :

When ail the hirds are faim with ihe hot

sun.

And hide in cooling trees. a voice will run From hedjue to hedge about the new-rr.

mead :

That is the Grasshopper's — he takes the lead In summer luxurv, — he has never done With his delights; for when tired eut with fun He rests at ease beneath some pleasant v. The poetrv of earth is ceasing never : On a lone winter evening. when the fi Has wrought a silence, from the stove therc

shrills The Cricket*s song. in warmth increasing ever. And seems to one in drowsiness half lost, The Grasshoppers among some grassy hills.

La Sauterelle et le Grillon

La poésie de la terre ne meurt jamais;

quand les oiseaux abattus par le brûlant soleil

se cachent dans les arbres frais, une voix

s'élève et court le long des haies, tout autour des prés

nouvellement fauchés ; c'est celle de la sauterelle — qui dirige l'accord des joies de L'été; — elle ne cesse de les dire, et quand 'elle est lasse de ses jeux, elle se repose à l'aise parmi les herbes folles . La poésie de la terre ne meurt jamais ; dans un solitaire soir d'hiver, quand la gelée a fait naître le silence, le cri du grillon jaillit chaudement du foyer, — se haussant tant

et plus, et semble aux oreilles, à moitié assoupies, la voix de la sauterelle, parmi les collines

gazonneuses.

Sonnet

The dav is gone, and ail its sweets are gone! Sweet voice, sweet lips, soft hand, and softer breast, Warm breath, light whisper, tender semi-tone, Bright eyes, accomplish'd shape, and lang'rous waist!

Faded the flower and ail its budded charms,

Faded the sight of beauty from my eyes, Faded the shape of beauty from my arms, Faded the voice, warmth, whiteness, paradise — Vanish'd unseasonablv at shut of eve,

When the dusk holiday — or holinight Of frangrant-curtain'd love begins to weave

Sonnet

Le jour est fini, et toutes ses délices sont finies ! Délices de la voix, délices des lèvres, douces

mains et plus douces épaules, souffle chaud, léger soupir, tendres murmures, yeux brillants, forme parfaite et taille

langoureuse; fanées les fleurs avec tous leurs bourgeons

prometteurs, fanée la beauté échappée à mes veux, fanée la forme de la'beauté échappée à mes bras, avec cette voix, cette chaleur, cette blancheur,

ce paradis!

Tout s'est évanoui avant l'heure, au crépuscule finissant,

quand le jour de fête assombri — ou la nuit de fête commencera à étendre les rideaux embaumés de l'Amour

SONNEI

The woof of darkness thick, for hiJ delight; But, as Pve read love's missal through to-day, Hc'll let me sleep, seeing I fast and pray.

Sonnet

tissés d'épaisse obscurité pour voiler la joie. Mais comme tout le long du jour j'ai lu le

missel de l'amour, il me laissera reposer, — me voyant en jeune

et en prière.

Sonnet

When I hâve fears that I may cease to be

Before my pen has glearfd my teeming brain.

Before high piled books, in characterv.

Hold like rich garners the full ripen'd grain; When I behold, upon the night's starr'd face,

Huge cloudv symbols of a high, romance, And think that I may never live to trace

Their shadows, with the magie hand of chance; And when I feel, fair créature of an hour,

That I shall never look upon thee more. Never hâve relish in the faerv power

Of unreflecting love; — then on the shore Of the wide world I stand alone, and think Till love and famé to nothingness do sink.

Sonnet

J'ai peur parfois de disparaître,

avant que ma plume ait épuisé les richesses de

mon cerveau fécond .

avant qu'une haute colonne de livres renferme

en son texte, tels de riches greniers, une moisson bien mûrie. Quand je contemple sur la face étoilée de la nuit les vastes symboles nuageux de merveilleuses

légendes et m'imagine que je ne vivrai pas pour

retracer leurs ombre-, d'une main que le hasard rendra magique; et quand je pense, ô créature exquise d'une

heure, que je ne te verrai jamais plus, que je ne goûterai jamais le pouvoir enchanteur de l'amour insouciant; — alors sur la grève du monde immense, je reste isolé et je songe. — Et l'amour et la gloire se réduisent à néant.

On seeing the Elgin Marbles.

M v spirit is too weak — mortalitv

Weighs heavily on me like unwilling sleep.

And each imagin'd pinnacle and steep Of godlike hardship. tells me I must die Like a sick Eagle looking at the skv.

Yet'tis a gentle luxury to weep,

That I hâve not the cloudy winds to keep Fresh for the opening of the morning's eye. Such dim-conceived glories of the brain

Bring round the heart an undescribable feud;

En voyant les Marbres

du Parthénon.

Mon esprit est trop faible : le sentiment de

la mort pèse lourdement sur moi comme une torpeur

invincible, et chaque pinacle et sommet d'héroïsme

surhumain imaginé ici me dit qu'il me faudra mourir, tel un aigle malade qui regarde les cieux . Et cependant il m'est doux de me dire que

si je pleure c'est de n'avoir pas à garder les vents

porteurs de nuages, afin que leurs souffles soient frais aux yeux

de l'Aurore naissante.

De telles splendeurs, à peine entrevues par

le cerveau, mettent autour du cœur un tumulte inexprimable,

On seeing thb Elgin Marbles

So do thèse wonders a tnost dizzy pain, That mingles Grecian grandeur with thc rude

Wasting 01 old Time — with a billowy main — A sun — a shadow of a magnitude.

En voyant les Marbres du Parthénox

et ces merveilles une douleur et un éblouis-

sement

où se confondent la grandeur de la Grèce

et les rudes atteintes de l'antique Temps — les vagues

innombrables d'un Océan — Un soleil — l'ombre d'une immensité...

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