‹ Poésies de John KeatsChapitre 3 sur 21 · BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE

La poésie est naturelle à tèus les hommes. Elle est faite pour enchanter l'esprit, l'exalter, et l'élever chaque jour au-dessus du jour.

Mais si la poésie n'est qu'un accident, une interruption dans l'ordre et l'occupation des pensées et des actes, mieux vaut la reléguer sous le titre de charabia ou de jeu d'adresse. Qu'on sache cependant que le Verbe est Dieu!

« Je m'aperçois que je ne peux pas vivre sans poésie, sans la poésie éternelle; la moitié du jour est insu (Usante, il me le faut tout entier... ». écrirait John Keats à vingt-deux ans.

Admettons qu'un jeune Anglais de 1840, soupçonnant un autre univers que celui qui l'entoure, ressente une soif de poésie, quel poète de son temps lui apportera ce qu'il cherche?

Coleridge et Wordsivorth, Byronet Shelley l'entourent de leurs livres: mais il n est pas asse~

John Keats

instruit, il n'a pas asseç reçu pour sentir cette poésie, qui passe au-dessus de sa compréhension sans l'émouvoir. Ardents citoyens, humanitaires passionnés, leurs oeuvres maudissent les tyrans, exaltent toute la liberté; le souffle de la Révolution française secoue leurs strophes. Or. un jeune homme n'a pu être déjà tyrannisé par la superstition religieuse, le militarisme ou le matérialisme politique, ces thèmes des poètes romantiques de l'Angleterre au commencement du XIXe siècle.

Shelley, dans une ode, s'attaque môme au ministre Castlereagh qui opprime les travailleurs.

Coleridge s'abandonne aux spéculations philosophiques, et sa pensée /lotte, obscure et sans limites, puisqu'elle ne se repose jamais sur le réel. Son poème le plus célèbre. The Ancien! Mariner, est bien désuet. puisqu'il n'en reste que le titre.

W'ordsworth est trop passif. Il aime tout ce qui est bon et faible : les enfants, la r ici liesse, la nature soumise; il s'émeut devant un tendre daffodi] annonçant l'arrivée heureuse et attendue du printemps. Wordsworth rend peut-être

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meilleur, mais ne pourra satisfaire V adolescent altéré, qui cherche encore autre chose, malgré ce renouveau du merveilleux dont quelques-uns de ces poèmes sont baignés.

Le divers et tumultueux Byron fatiguera son jeune lecteur, sans remplir d'eau fraîche le creux de sa main.

'L'assoiffé, qui veut sortir du carré de sa chambre, entendre d'autres sons que ceux des camions roulant sur le pavé des rues, qui rêve d'une campagne encore plus verte que celle de l'été, qui veut atteindre le ciel, voir la nuit descendre sur des sommets, sentir que tout est palpable et que rien ne dure, ouvre les poèmes de John Keats, il les lit, et aussitôt un plaisir nouveau l'envahit; il est touché par la grâce : Usait.

Keats, un des plus grands poètes de l'Angleterre et du monde, sera aimé avec passion, eùt-on vingt, quarante ou soixante ans. Dans l'adolescence, il charme par la féerie vraisemblable de ses poèmes, plus tard il attire et retient à jamais par le rythme de ses strophes, la magnificence des mots et leur merveilleux arôme qu'il nous donne à respirer. Malgré la plénitude

dionysiaque de son paganisme, une essence de mélancolie, perceptible a peine, pénètre certains mes et les rend fins beaux, plus humains et plus tristes que bien des lamentation

John Keats était Gallois d'origine. Mais que signifie pour un Anglais le lieu de sa naissance, la Grande-Bretagne est petite et rapetissée encore par la similitude de ses comtés. Il naquit à Londres, le Si octobre ij(j5, et passa les huit premières années de sa vie a Finsburyl'avouent, che; ses parents. Son père était loueur de chevaux près de la (lit y. Ce lieu met au cœur du petit Londonien l'habituel esoin de ses habitants pour les champs et t"a;ur. Plus tard, il écrira :

A celui qui longtemps fut emprisonné dans la

ville Il est bien doux de regarder la libre étendue Du ciel ouvert. — de murmurer une prière Au sourire large du bleu firmament...

Les villes anglaises ressemblent a des corons — corons pour des pauvres OU des riches — corons néanmoins : le symétrique alignement des

maisons en briques enfumées, les trottoirs en

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bitume, et ces petites portes derrière des grilles emprisonnant l'Anglais dans la solitude de ses parler s. le rejettent avec frénésie dans la campagne.

L'enfant Keats aspirait à la rue du ciel qui lui était dérobe par le plafond brumeux de la Ville. A l'école d'Enfield, dans le Middlessex. où il fut envoyé, il respire satisfait.

Excessif — car il fut toute sa rie un être de passion — il subissait les modes de ses humeurs changeantes : coléreux, batailleur, fer, ou cherchant à rire, à bouffonner, puis triste et inquiet.

Sa taille était petite, son visage beau arec des veux et incelants; ses proches subissaient son prestige, sans pouvoir prédire l'usage qu'il ferait de cette fougue entraînante.

Vers sa quatorzième année, ces élans trouvèrent un splendide horizon où s'ébattre. Il se prit, a ce moment où l'enfant devient un adolescent, d'ime grande passion pour l'étude. Il lisait, il lisait sans cesse: il lut et apprit davantage pendant cette année que d'autres écoliers de la race des ruminants n'absorbent en dix ans. Il ne lâchait plus ses livres, il mangeait devant un

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